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Bernard Auzon-Cape, combats et mémoires de quartiers

Celui qui a été administrateur d’Habitat du Gard, Président de la Confédération National du Logement (CNL) du Gard pendant plus de 30 ans, Conseiller municipal en 1995 sous la mandature d’Alain Clary, Conseiller général du Gard en 2008 qui a donné son nom au nouveau stade des Amandiers, nous parle de ses années passées à la ZUP Nord, des combats menés pour la défense des locataires et nous remémore une époque pionnière où tout était à faire.

Pissevin, avenue des Arts

Bernard Auzon-Cape est arrivé à Pissevin avec sa famille en 1965 après un passage au Chemin-bas-d’Avignon où les premiers immeubles HLM avaient été crées pour accueillir les rapatriés d’Algérie ou du Maroc. « Je suis resté à Pissevin jusqu’en 1970 pour aller à Valdegour parce qu’il y avait des logements plus confortables et plus grands. C’est en 1980 que je suis revenu à Pissevin où j’habite toujours. »

« Je n’aimerais pas habiter dans le centre-ville. » Nostalgique d’une époque où il y avait « peu de délinquance, beaucoup de mixité et une vie associative remarquable », il estime avoir élevé ses 3 enfants « dans un bon environnement, comme bon nombre de familles. C’était l’époque du « bien vivre » où les gens n’avaient pas d’appréhensions à venir à Pissevin, connu pour son marché, le plus grand, alors, de Nîmes. À Pissevin-Valdegour, les gens s’y sentaient bien. Maintenant, des familles logées ailleurs veulent revenir dans ces quartiers qu’ils ont quittés, parce qu’ils ne retrouvent pas leurs habitudes et cette même convivialité. Moi, je n’aimerais pas habiter dans le centre-ville ! » 

Un parcours au service des habitants. Dès 1965, le comité de quartier Valdegour est crée. Commence une période de luttes pour la défense des droits des locataires, l’améliorations du cadre de vie des habitants et de confrontations avec les différentes municipalités qui se sont succédées.

« À Valdegour, à l’époque, il n’y avait rien. On avait les marchands ambulants comme Monsieur Astolfi, le marchand ambulant de fruits et légumes qui par la suite s’est installé à Val Shop. Les bâtiments n’étaient pas encore pourvus de dalles-terrasses, il fallait passer par les sous-sols pour accéder aux cages escaliers. »

Dans les années 1970, le comité s’oppose à la construction de 3 tours qui devaient se dresser à l’emplacement du parking du stade Marcel Rouvière et de 2 autres qui devaient être érigées à Valdegour. Le maire Émile Jourdan leur donnera finalement raison. Et de souligner le pragmatisme d’un maire qui « savait reconnaître la nécessité et le bien fondé de certaines réclamations et revendications, que l’on soit de son bord ou pas. »

En 1973, il crée l’APAZ (Association pour l’animation de la ZUP nord) réunissant une quinzaine d’associations du quartier. Une association qui a été active pendant près de 20 ans, jusqu’à la construction de l’actuel centre social Simone Veil. Une disparition qui créa une vaste mobilisation, en son temps, sur fonds de confrontations politiques, guerres intestines et luttes d’influences.

Un autre faits d’armes du comité de Valdegour est de s’être opposé à la SENIM (Société d’équipement de Nîmes) et la municipalité de Jean Bousquet pour faire arrêter un projet, dessiné dans le cadre de la mission interministérielle « Banlieues 89 » pour l’amélioration de l’urbanisme, qui visait a délocaliser les commerces de la galerie Wagner. Un centre qui était riche en commerces et services de proximité.

Maquette Pissevin pour La NPRU

Celui qui s’est impliqué comme Président du CNL Gard, Conseiller général, dans la Politique de la ville et la vie associative des quartiers, nous parle de l’ANRU 1 comme d’une politique qui n’a consisté qu’à « détruire et reloger, sans penser l’aménagement. Ici on à démoli 3 cages d’escaliers d’un bâtiment d’Habitat du Gard dans l’idée de faire passer le futur Trambus. l’Agglo en contrepartie s’était engagé à céder des réserves foncières au bailleur. En définitive, le tram est passé ailleurs et les compensations jamais arrivées. C’est pour dire l’incohérence de ces programmes ! J’ai alors démissionné de mes fonctions d’administrateur à Habitat du Gard ».

Convaincu des vertus éducatifs et des valeurs que véhicule la pratique sportive (un de ses fils a été professeur d’éducation physique), il a crée un club de foot au sein de l’association des habitants de la ZUP nord, qui a réuni jusqu’à une vingtaine d’équipes de tous âges. Un club qui a su fédérer les énergies et favoriser la réussite de nombreux jeunes. « Pour compléter les dotations de la ville, chaque dimanche une équipe de jeunes allait vendre près de 1000 viennoiseries et éclairs au chocolat », se souvient-il. Une implication qui lui a valu la reconnaissance de tous et l’honneur d’avoir inauguré, le 29 février 2020, le nouveau stade des Amandiers qui porte désormais son nom.

Aujourd’hui, loin des fonctions représentatives, il continue à son niveau à défendre son environnement immédiat. Et le fait d’avoir été administrateur à Habitat du Gard, ne l’empêche pas d’être en « bisbille » avec ces derniers au sujet d’une barre le long de l’avenue des Arts que l’on voudraient remplacer par des petites résidences et élargir l’avenue, sans concertations avec les habitants concernés. « Je ne connais pas le projet mais ce que je critique, c’est le fait de démolir du logement social ! ».

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