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Soukaïna Benjaafar, le futur en marche

Ne vous fiez pas à son petit minois de jeune fille, il cache celui d’une jeune femme à la tête bien remplie et une volonté de servir ardemment chevillée au corps. Soukaïna Benjaafar, arrivée du Maroc à Milhaud à l’âge de un an, qui a franchi toutes les étapes pour être aujourd’hui, à son jeune âge, l’assistante parlementaire de la Députée de la 1ère circonscription du Gard, Françoise Dumas et présidente bénévole de l’association du Mas de Mingue, La Pleiade, devrait être un modèle pour toute une génération, parfois désabusée, un exemple pour tous ceux qui croit au « déterminisme social» ou en être les victimes.

Un parcours sans fautes

« Je suis arrivée en 93 à la Zup Nord. J’y ai fait toute ma scolarité, de la maternelle, au collège Diderot. Au lycée Albert Camus, j’ai obtenu mon BAC ES et ai passé un Master 2 de droit public à l’université de Nîmes. J’ai passé le concours de la fonction publique et ai travaillé au Conseil départementale du Vaucluse, au service ressources humaines en qualité de juriste. De là, j’ai rejoint l’équipe de la Députée François Dumas. Les premiers à m’avoir soutenus sont mes parents. Pour mon père l’école était quelque chose de très important. L’école pour lui était symbole de réussite, d’ascenseur social, source d’épanouissement personnel. Lui qui a dut arrêter l’école très jeune, en CM2, pour travailler dans la mécanique et aider son père tailleur, a un grand regret, celui de n’avoir pas pu continuer l’école.

Militante associatif

Si son père a été son moteur et que son regard bienveillant lui a donné la force d’avancer, d’autres acteurs l’ont aidés à construire son engagement associatif pour en faire un vrai engagement politique, dans son sens premier, c’est à dire, être au service de la cité et de ses habitants. « J’ai été porté par des structures associatifs, comme le MAS (Maison d’Accompagnement Scolaire), Azur ou Humanîmes. J’ai grandi avec ses acteurs là qui ont inspirés mon engagement.  À la maison on ne parlait pas de politique. Mon père est arrivé en France dans les années 70, des années un peu compliquées où en France passées certaines heures, il ne faisait pas bon de trainer dehors quand on avait la peau un peu basanée, à cause des « ratonnades ». Ce sont des années où les gens on perdu toute confiance en la politique à cause des promesses non-tenues. Depuis les années 80, la situation des quartiers s’est dégradée et les politiques l’ont regardé se dégrader. Et puis il y a eut ces mouvements associatifs qui ont accompagner la Politique de la ville, l’ont porté et qui aujourd’hui, je trouve s’essouffle parce qu’il n’y a plus ces fortes personnalités pour lui redonner de l’élan. Pour les habitants des quartiers le clivage gauche-droite n’existe pas vraiment. Ils distinguent, ceux les gentils, qui sont avec eux et les autres qui ne veulent pas d’eux ! Pour moi aller vers Françoise Dumas, que je ne connaissais pas, a été un choix et elle m’a fait tout de suite confiance. »

Une double casquette

« Être attachée parlementaire, consiste à soutenir la députée dans toutes ses missions, l’aider sur le travail législatif et en circonscription. Il faut être polyvalente et réactive. Pouvoir lui apporter des informations sur tel ou tel sujet, assez vite, pour pouvoir en discuter avec son interlocuteur. On doit apporter des éléments concrets qui aideront la députée à apporter une réponse aux habitants, et autres interlocuteur qui la solliciterait. »

En ce qui concerne son rôle de Présidente d’association. « Ce n’est pas un rôle de représentation. Mon rôle est de définir les grandes orientations de l’association, chercher des financements, mobiliser et encourager les équipes, les bénévoles. » Elle porte l’association et est au carrefour de toute la vie de l’association.

Tarek Taleb, Soukaïna Benjaafar

« Par son parcours et son cursus universitaire », nous dira Tarek Taleb, animateur social à l’association, « elle est une source de savoirs et de connaissances des dispositifs mis en place à l’échelle nationale. Mais les infos qu’elle peut avoir, elle les fait remonter aux autres structures et associations. »

Des prochaines missions de l’association et l’après Covid

Au Mas de Mingue, le tissu associatif et institutionnel est assez mince. Le service de l’action sociale, assistantes sociales, animateurs spécialisés du Centre Médico-Social, a déménagé au Chemin bas d’Avignon et il n’est resté que l’Aide Social à l’Enfance (ASE). Il y a le Centre Social et Culturel Jean Paulhan, l’association Carrefour Associatif qui fait de l’accompagnement administratif et s’occupe d’accueil d’enfants.

Dans ce contexte, l’association La Pleiade avec son réseau institutionnel et associatif a un rôle majeur à jouer. La population du Mas de Mingue est d’environ 4000 habitants mais fort de l’efficacité de leur accompagnement, ils reçoivent aussi beaucoup de personnes qui viennent des villages alentours, des quartiers limitrophes et même d’Avignon.

Comme beaucoup, cette crise a lourdement pesée sur la tenue de nos activités et nos sources de financements. L’activité sociale et administrative ne s’étant pas arrêtée pendant cette pandémie, l’association, agréée Espace de Vie Sociale par la CAF, se devait de poursuivre ses missions, répondre aux besoins de ses populations.

Espace numérique La Pleiade

« On est en « stand by », s’agissant de l’espace seniors au CSCS Jean Paulhan. Aux seniors isolés, on essaye de leur rendre, individuellement, visite pour leur apporter un peu de présence humaine et d’informations. À côté de ça, l’association développe un volet numérique « Numérique Pour Tous » grâce au don en matériels par la fondation Vinci, pour les seniors, les parents, les enfants, qui vise à lutter contre l’exclusion numérique. Par ailleurs, La Pleiade est une plateforme de naturalisation, au même titre qu’une mairie annexe peut l’être. On a constaté un manque d’interlocuteurs pour ces nouveaux migrants, souvent allophones, qui arrivent. On y a répondu par la mise en place, il y a 2 ans, d’ateliers citoyens, pour les informer de leurs droits et devoirs, première étape à l’intégration de ces populations. »

Un quartier qui se modifie

Le Mas de Mingue

Dans le cadre de la Nouvelle Politique de Rénovation Urbaine, 80 logements à la Boule d’Or ont déjà été détruit. La co-propriété les Grillons et l’espace commerciale, y attenant, vont être rénovée. Des villas vont aussi être détruits pour faire passer la ligne 2 du trambus. Les travaux du lycée agricole vont commencer. Le nouveau stade de football à été inauguré fin 2020.

« Au mas de Mingue, il n’y a pas d’administrations, les bailleurs sociaux n’y ont pas de représentations, il n’y a pas de maison de santé, un seul médecin et kiné, la plus proche pharmacie n’est pas au centre du quartier et la poste va définitivement fermer. Si on ne lui donne pas une âme, on n’y intègre pas de structures médicales, sportives, sociales, culturelles, le quartier sera un « camping » !», assène Tarek Taleb.

Et Soukaïna Benjaafar de poursuivre, « Il faut investir dans le bâti, mais aussi dans l’humain. Une rénovation ne doit pas se faire que par le béton. Il faut aussi y apporter du sens et de l’accompagnement pour impliquer les gens dans ce nouvel environnement pour qu’ils le préservent et l’utilisent correctement. »

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