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Alain Lorgeas, une vie, un quartier

Alain Lorgeas est le président « historique et honoraire » du comité de quartier Pissevin. Son implication et son inspiration dans la politique de la ville il le tient de Hubert Dubedout, ancien maire de Grenoble de 1965 à 1983. Un bel exemple quand on connait les politiques sociales et urbaines novatrices qu’il a menées dans sa ville.

Ceux qui le connaisse ou l’ont rencontré au cours de ses engagements sociales ou combats politiques vous diront de lui qu’il est réboussier, obstiné, roublard, mais aussi généreux dans l’action et sincèrement attaché à l’engagement citoyen.

Lui, l’ancien sous-officier parachutiste et secouriste pour la Croix-Rouge en Algérie, verbe haut et sourire goguenard, à l’imposante silhouette, se défini comme un « pur bénévole et un provocateur pour l’intérêt collectif ». Il reconnaît volontiers être « le poil à gratter des élus », de tous bord, ne manquant jamais une occasion de se faire entendre, à défaut d’être écouté.

D’Alger à Nîmes

« Nous vivions avec mes parents en Algérie. À la veille de son indépendance, mon père qui était cheminot a été muté à Nîmes. Moi, j’étais de la classe 62 et quand je fus démobilisé, la SNCF m’a muté au centre de La Chapelle, à Paris.

Venu rejoindre mes parents à Nîmes, vers 1965, j’ai habité au Chemin Bas d’Avignon, le bâtiment au dessus du magasin « Le Bon Lait », dans le centre commercial, en face du collège Romain Rolland. «  Au premier étage, il y avait un dentiste, au 2ème un élu à la ville, Marius Arra et nous au 3ème… 

J’ai toujours habité dans des ensembles d’habitations collectifs. En Algérie, c’étaient des H.B.M. (Habitat Bon Marché), après, ça a été les HLM (Habitation à Loyer Modéré) et maintenant je suis copropriétaire au Soleil Levant où je vis depuis 1968. »

Pissevin, transformations et métamorphoses

En 1983, il monte le 1er comité du quartier Pissevin, le Comité de quartier de La Combe aux Canes, du nom du en face de Soleil Levant.

« En ce temps, c’était assez vivable, il y avait une bonne cohésion et entente entre les habitants. Il n’y avait pas ces problèmes de vente de drogue, etc… les gens se respectaient. Le fait que le quartier est été fait de 50% de copropriétés et 50% de logements sociaux a participé à une bonne mixité sociale. »

Les années qui suivront verront les copropriétés être des logements sociaux de fait. Les premiers copropriétaires vieillissants, ont vendu leurs biens à de nouveaux qui en on fait un objet de spéculation. En effet, pouvant percevoir en direct l’Aide Personnalisée au Logement (APL) de la Caisse d’allocations sociales, dont peut bénéficier un locataire aux minimums sociaux, ces copropriétaires n’y ont vu qu’une magne pour sécuriser ou rembourser leurs emprunts et ne se sont pas soucier de l’entretien et de la gestion de leurs bâtiments qui, bien-sûr, se sont vite dégradés.

À partir de là, on a progressivement assisté à une dégradation du tissu social, de l’environnement, du cadre de vie…

« Oui, c’est de là que c’est parti en cacahuète et que ça continue !… », ponctuera t-il avec la gouaille qu’on lui connait.

Il y a eut de fait une ghettoïsation du quartier. Mais pouvait-il en être autrement, quant, les bailleurs sociaux gèrent des parcs locatifs essentiellement situés dans les quartiers périphériques de la ville.

Nouvel horizon

Il reconnaît que des choses ont avancées, notamment grâce au soutien de Jean-Pierre Segonds, ex directeur de la DDTM et correspondant de l’Anru, qui a pesé sur la décision de la rénovation de l’ensemble Corot.

« Avant même que la convention Anru 2 soit signé, des travaux avaient été engagé à Corot sur les fonds restant de l’Anru1. Mais la condition sine qua non sera que la futur ligne 2 du Trambus passe par les quartiers Valdegour et Pissevin… », nous confie t-il.

S’agissant des apports de cette nouvelle rénovation il veut croire qu’elle va permettre de changer la physionomie du quartier. « Je me suis rendu au quartier La Duchère à Lyon, voir ce qu’avait réaliser le même cabinet d’architecte (Alain Marguerit : Ndlr) qui a dessiné les plans du nouveau programme de rénovation de Pissevin, pour me faire une idée… Et j’ai été agréablement surpris par la cohérence du projet.  Mais on ne peut pas d’un coup de baguette magique faire tout changer !… ».

Pourtant, ce « rocardien » de toujours, a voulu y croire. En 2008, il fait une incursion dans l’arène politique en se présentant aux élections cantonales sous la bannière Divers Gauche, obtenant un 3,69% des suffrages, assez honorable pour un indépendant. Mais, celui qui n’a « pas l’échine assez souple pour faire de la politique », reviendra vite à ce qui constitue son ADN, l’action associative de proximité pour n’être que le porte-voix des intérêts des habitants-citoyens du quartier.

« la noblesse de la politique réside dans la capacité à prendre des décisions au nom de l’intérêt général et non à déresponsabiliser les élus en invoquant le principe participatif. ». Hubert Dubedout.

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