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Musiques à Nîmes

Malgré les couacs de son conservatoire, la ville fait la part belle à la musique, aux musiques plutôt, avec la feria, avec le festival Tinals de Paloma, le Festival de Nîmes dans les arènes, la Bourse aux jeunes talents, le festival Flamenco, etc.

L’Eko des Quartiers a eu envie de s’immerger un peu dans cet univers et d’aller à la rencontre des « musicos » locaux ou d’importation qui ont la tâche ingrate de devoir composer, jouer, répéter, enregistrer sans se laisser perturber par le chant des cigales…

Classique, Rock, Pop Rock, Folk, Rap, Flamenco, etc., tout intéresse l’Eko et si les lecteurs ont des groupes, des musiciens solitaires à dénoncer, qu’ils passent à l’acte, ils en seront vivement remerciés !

Première rencontre : Jean-Jacques Evrard
Un violon sous le toit
C’est chez lui, tout près de l’Eko des Quartiers, que Jean-Jacques Évrard nous reçoit, dans un appartement qu’il aménage au dernier étage d’un vieil immeuble de charme, avec une cour arborée, hôte des merles et des cigales de l’été.

Il a été dénoncé par Jean-Philippe Audin, un ami commun, violoncelliste hors norme et nîmois d’origine qu’on essaiera de retenir un peu pour tirer son portrait.
Jean-Jacques Évrard aussi est inclassable. Pour faire court, c’est un violoniste complet capable à 16 ans, avec le fils de Gilbert Bécaud, de composer un disque et d’en écrire toutes les partitions pour l’enregistrement avec le Philarmonique de Londres, capable aussi, plus tard, de se rouler sur scène pour Johnny Hallyday avec un violon électrique fumant ! Que ceux qui en doutent regardent ici !

Entré à 13 ans au Conservatoire de Paris, il suit la formation classique de huit ans.
Violon, musique de chambre, déchiffrage, solfège, analyse harmonique, la totale. Huit heures par jour de violon, « seulement » quatre ou cinq pendant les vacances…

Un père « hors norme » aussi : il lui met la pression, trop, voulant qu’il devienne le musicien qu’il n’a pas pu être, parce que la vie en avait décidé autrement.

Famille modeste, pas assez d’argent pour acheter le violon exigé et que les luthiers voisins du conservatoire proposent aux jeunes talents. Alors le père bricoleur de génie va les voir, ces luthiers, il les regarde travailler… et finit pas fabriquer lui-même l’instrument du fiston. L’engin surprend à première vue les professeurs : « ils sort d’où ce machin ? » mais dès les premières notes égrenées : « Ah oui, quand même, et il vient d’où cet instrument ? ». Et c’est ainsi qu’aujourd’hui circulent de par le monde plus d’une centaine de violons fabriqués par le père de Jean-Jacques Évrard !

Mais la pression est trop forte. Il est parti pour embrasser une carrière classique dès l’âge de 15 ans, il joue déjà dans des orchestres symphoniques parisiens, comme les concerts Pasdeloup, l’Orchestre Colonne, les spectacles s’enchaînent, Wagner, Stravinsky, dont il lit comme vous lisez cet article les partitions hallucinantes, tout cela devant un public médusé de voir un si jeune violoniste.

Un petit pont de bois
Jean-Jacques se lasse de tous les concours du conservatoire, des spectacles imposés en solo surtout, devant le regard exigeant du père. Il aime ce qu’il joue, il est au point, mais la pression lui pèse. Alors il devance l’appel et quand il rentre, sa manière à lui de « tuer le père » et de couper les ponts, c’est d’accepter de franchir un moment le Petit pont de bois avec Yves Duteil qui a besoin d’être accompagné en studio et dans ses tournées par de vrais musiciens confirmés.

C’est ainsi que Jean-Jacques Évrard a carrément tourné le dos — un drame pour son père — à la musique classique pour laquelle il avait tant donné et enfin décidé d’être le maître de son destin.

Il finira quand même par se lasser du Petit pont de bois, de la Guitare qui démange, de Prendre un enfant par la main… même si Yves Duteil est humainement une belle rencontre.

« Accompagner » les autres
Les musiciens professionnels complets et polyvalents comme Jean-Jacques, capables d’accompagner, d’écrire les partitions pour tous les instruments, d’arranger, de diriger, d’assurer en studio d’enregistrement ou de radio, sur les plateaux de télévision, sur scène, en tournée, c’est une denrée rare et plutôt demandée.

Alors Jean-Jacques accompagnera dans tous les sens du terme beaucoup d’artistes dans sa vie. Sa mémoire lui rappelle, en vrac, Djurdura, ces belles lionnes de Kabylie, Gérard Blanchard, Marc Lavoine à ses débuts, Renaud, William Sheller, Lambert Wilson, Richard Clayderman, Jean-Jacques Goldman, Nicole Croisille, Khaled, Véronique Sanson pour laquelle il a fait des arrangements, et Johnny Hallyday, bien sûr, très convivial, qu’il a suivi dans de nombreuses tournées et dans ses concerts au Parc des Princes. La liste et longue, et sa discographie, ici, est assez éclairante.

Des expériences personnelles
Jean-Jacques Évrard a bien sûr expérimenté dans de nombreux domaines musicaux. Des trios, très jeune, des formations avec le fils de Bécaud, lui-même compositeur, avec Jean-Philippe Audin ou Patrick Lannes, le guitariste de Joe Dassin ou de l’éblouissante et sensuelle Guida de Palma, de Chance Orchestra.
Avec son copain Philippe Bécaud, Daniel Ciampolino (grand nom de la musique contemporaine, percussionniste solo de l’Ircam de Pierre Boulez notamment) et une chanteuse à la voix hallucinante, il forme le groupe Federal, produit par Philips. Nombreux passages à la radio, dans les années 80.

Le succès a failli venir avec Overload, groupe de Hard Rock car oui, Jean-Jacques Évrard a aussi fait du hard rock !

Pour changer du violon, il s’est fait bassiste dans ce groupe. Mêmes cordes, montées en sens inverse, et aussi graves que ce que le violon est aigu. L’antithèse, quoi ! Il avait envie de ça. Mais juste au moment où Barclay l’appelle pour les produire, le chanteur s’en va sur un coup de tête et tout tombe à l’eau…

Enfin, en 87, il forme Interface et écrit Anna Vladia dans un 45 tours qui va cartonner à plus de 125 000 exemplaires, produit par Jacques Morali (Village People) avec une couverture signée par les célèbres plasticiens Pierre et Gilles, rien que ça… 4 ou 5 passages par jour sur NRJ, RTL, une trentaine de télés, mais la chanteuse se lasse et Interface en restera là. Dommage, et la musique est à redécouvrir pour les soirées dansantes !
Jean-Jacques Évrard a aussi écrit des musiques pour des émissions de télévision, comme La Marche du Siècle de Cavada, toute la musique des Aventures extraordinaires de Nicolas Hulot en Indonésie, des musiques de sketchs, de pubs, de courts métrages, car il adore écrire sur des images.

Nîmois désormais
Aujourd’hui à Nîmes, après avoir travaillé dans tous les studios parisiens, il se ressource. Mais si nos toreros qui disent adieu à leur carrière se coupent la «coletta », Jean-Jacques garde la main sur le violon de son père. Il prévoit une tournée avec ses potes anciens musiciens de Johnny Hallyday, il poursuit son travail d’arrangeur avec Lorène Aldabra dont la plastique n’a d’égale que la voix et pour qui il vient tout juste de créer un quatuor violon, alto, violoncelle pour un disque qui va bientôt sortir.

En attendant, entre deux TGV, Jean-Jacques Évrard finit de s’installer dans son sweet home nîmois tout en travaillant sur ses synthétiseurs ses compositions, ses arrangements, ses projets musicaux qu’il nous dévoilera sans doute lorsqu’ils seront bien mûrs.

Jean-Jacques Évrard, un musicien hors norme, pour sûr, très attachant, qu’on a bien fait de dénoncer !

Affaire à suivre…

Facebook de JJ  : https://www.facebook.com/jeanjacques.evrard
Entre violence et violon au Zenith en 1984 : https://www.youtube.com/watch?v=e3XswGoxnTg&list=RDe3XswGoxnTg&start_radio=1&t=80

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