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La colère jaune

Que veulent les gilets jaunes, les habitants des quartiers peuvent ils à terme tirer profit de cette révolte ? On en entend de belles concernant ce qui se dit sur les rond points : racisme, homophobie, lepénisme, etc. Ce n’est pas ce que je vis depuis neuf semaines sur mon rond point du Zénith à Montpellier.

J’y suis allé parce que pour la première fois un moyen d’expression m’a séduit. En tant que journaliste, j’ai couvert des dizaines de manifestations classiques depuis 1980, j’ai rarement vu des résultats spectaculaires. Depuis plus de dix ans, je prétends que cette procédure rituelle, encadrée par des syndicats sagement rangés du côté des nantis, ne peut produire que des avancées mineures, sujettes à frustrations. La spontanéité et la liberté promises par ce qui allait devenir « les gilets jaunes » m’ont conquis d’emblée : râler comme un gaulois réfractaire, c’est facile, prendre ses affaires en main, c’est ça, le nouveau monde, et ça demande quelques efforts, que je fais ! Et puis le mépris parfois graveleux affiché par le pouvoir contre les gilets jaunes m’a conforté dans ma décision.

Une vraie innovation, puisque je me suis confronté immédiatement avec des paroles libres, avec des gens que je ne fréquente pas vraiment, non pas que je les méprise ou les ignore, mais parce que nous vivons tous dans notre monde et notre rythme, avec de temps en temps un regard furtif vers l’autre ; sur les giratoires, on veut sauver l’essentiel, nos différences relèvent du détail.

Un libre échange, sans aucun cadre. Artisan, employé, chômeur, retraité, rmiste, de gauche, de droite, des extrêmes, de couleur ou sans, nous communions tous aujourd’hui encore dans la révolte contre une caste qui nous appauvrit à son bénéfice depuis fort longtemps, et qui nous dicte ce qu’il est bon ou pas de penser, qui nous impose ses choix sans alternative.

Pas de racisme ni d’homophobie, aucune quenelle sur mon giratoire, transformé en place du village, où l’on échange parfois de façon contradictoire, mais où la parole de chacun est respectable : ici, il n’y a pas d’imbéciles ni de questions stupides, nous sommes égaux.

Notre manifestation a toujours été déclarée, donc pas de violences, et notre « patron de giratoire », communiste déclaré mais sans prosélytisme ni signe ostentatoire, a imposé un régime sec, pas de drogues ni d’alcool, des sourires envers les automobilistes que nous gênons, et beaucoup de convivialité entre nous. Un monde idyllique ? Pas vraiment, un simple retour aux règles élémentaires du respect de la loi d’une part, de comportement d’autre part, envers chacun.

Les habitants des quartiers peuvent-ils bénéficier de cette vague ? Directement oui, comme d’autres, puisque les travailleurs les plus démunis devraient (sous réserve), bénéficier non pas d’une augmentation du SMIC, mais d’une prime à l’emploi, c’est déjà ça de pris. Les retraités « privilégiés » devraient voir l’augmentation du taux de CSG revenir à la normale…en juillet, avec effet rétroactif, c’est ce que l’on nous promet ! Et rien de scandaleux à réclamer plus de contrôles, sur les fraudes sociales et fiscales c’est d’ailleurs le cas depuis quelques années, dès lors qu’une minorité de fraudeurs jette l’opprobre sur une majorité de citoyens exemplaires : nous avons eu par exemple récemment un ministre des Finances qui était par ailleurs fraudeur à double titre, puisqu’il plaçait en paradis fiscal des revenus occultes. Les habitants des quartiers, généralement muets, invisibles, pour reprendre le titre d’un film à la mode, vont profiter comme tout un chacun, de l’exposition médiatique des problèmes qu’ils rencontrent, qui sont ceux de nombreux citoyens.

Quand à la fameuse consultation nationale, on connaît aujourd’hui ses limites, qui évitent sagement les questions qui fâchent, comme le pouvoir d’achat : comme le dit mon voisin de giratoire, le salaire mensuel de Chantal Jouanno, qui préside le Conseil national de débat national, qui ne servait quasiment à rien avant que l’on lui confie cette belle consultation, c’est l’équivalent de ma pension de retraite annuelle.

Certes, Emmanuel Macron et son gouvernement ne sont pas responsables de tous les maux qui nous accablent. En revanche, pas de bol pour eux, ils nous ont promis un nouveau monde, et bon gré mal gré, on y a cru ! En jouant la montre avec cette consultation, il semble qu’ils aient choisi une victoire du Rassemblement national aux prochaines élections, plutôt qu’une remise à plat du mille feuilles administratif, des institutions, des chambres parlementaires et de la fiscalité : c’est dire avec quel mépris nos élus traitent les élections européennes, mais ça, c’est pas nouveau… Alea jacta est !

Claude Corbier

Auteur


Claude CORBIER
Claude CORBIER
Né à Nîmes en 1954, photographe ex de presse et journaliste, rédacteur et photographe en presse institutionnelle, artiste plasticien, réalisateur de films photographiques, documentaires et web documentaires.

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