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Françoise Lautrec
"Les clochards célestes" © Eric Castanet
"Les clochards célestes" © Eric Castanet

L’Espelido : combattre l’exclusion 24 heures sur 24

L’exclusion sociale est une réalité dont on a du mal à mesurer l’importance puisque par définition l’exclu sort du jeu social, est donc moins visible, sauf lorsque, sous le vocable euphémisant de SDF il fait la manche dans nos rues…
Mais la réalité de l’exclusion ne se réduit pas à cette image d’Épinal.

L’Eko des Quartiers qui s’intéresse aux gens à la manœuvre pour trouver des solutions a rencontré Françoise Lautrec, présidente de l’association nîmoise l’Espelido, qui a bien voulu nous éclairer sur les dispositifs que son institution met en place afin de combattre, à l’échelle locale, ce fléau social.

Françoise Lautrec est depuis 2012 la présidente de l’Espelido, joli mot provençal qui signifie « éclosion ». Travailleur social de formation puis formatrice de travailleurs sociaux, elle est engagée depuis toujours dans la vie associative gardoise, militante pour la condition féminine, pour le droit à la différence, elle est donc à sa place aux commandes de cette association dont les valeurs peuvent se résumer par ces mots : laïcité, mixité, solidarité, dignité, humanité, fraternité, égalité et non-discrimination.

Créée il y a 40 ans pour la prise en charge de jeunes sortant de prison et qui se trouvaient à la rue, L’Espelido est aujourd’hui une institution qui gère sur Nîmes plusieurs établissements et pilote un certain nombre de dispositifs dont les sigles, mystérieux pour les profanes — CHRS, CHU, CADA, ASSL, RSA spécifique, SAOI, SPIP — appartiennent au champ lexical de l’insertion, de l’hébergement, de l’assistance, de l’accompagnement, du lien social.

Social non-stop
Tous les jours de l’année et 24 heures sur 24, dans l’écusson mais aussi les quartiers Gambetta, Richelieu, chemin bas d’Avignon, Mas de Mingue, Valdegour, l’Espelido essaie de répondre à la détresse d’hommes et de femmes, de couples avec ou sans enfants, d’ici ou d’ailleurs, itinérants ou sédentaires, en difficulté passagère ou chronique, malades, en post-cure, demandeurs d’asile ou libérés de prison, personnes à la rue, relevant du « bas seuil », selon le jargon utilisé.

Appartements diffus
L’association héberge plus de 80 personnes, dans ses structures ou dans des « appartements diffus » disséminés un peu partout en ville et qu’elle loue à des bailleurs sociaux ou privés. Ces personnes ne sont pas seulement hébergées car la mission que se donne l’Espelido, c’est de l’étayage social, apprendre aux gens qu’elle accompagne à se lever, à respecter le voisinage, apprendre à remplir un frigo, à gérer un budget, à échelonner le paiement des factures, pour que demain les projets sociaux à mettre en place soient solides. Il s’agit d’intégration, de citoyenneté et vos voisins, votre voisin ou votre voisine vivent peut-être, sans que vous le sachiez — et c’est le but recherché — dans un de ces « appartements diffus » que loue l’Espelido.

Répondre à l’urgence
Il y a les gens qui viennent se mettre à l’abri tous les soirs, plus de 50 personnes, il y a les demandeurs d’asile en provenance des pays de l’Est, Tchéchènes, Roumains, Hongrois, mais aussi d’Afrique, 71 personnes, 16055 journées d’hébergement sur l’année. Il y a les femmes victimes de violences conjugales, il y a toutes ces personnes dans une grande précarité, de grands exclus, à la rue, dans des squats, en sous-location, etc., à qui l’Espelido donne une adresse pour ensuite leur permettre de retisser du lien avec les familles, d’exister socialement et de recouvrer des droits, RSA par exemple : 240 personnes, 34 943 passages enregistrées en une année, le matin, à l’ouverture de l’Espelido, pour toutes sortes de démarches.

Le prix à payer
Le budget annuel de l’Espelido est de 3 millions d’euros. L’institution salarie 47 équivalents temps plein, des gens qualifiés, passionnés, qui font un travail formidable, qui sortent des écoles : Éducateurs Spécialisés, Assistants de Service Social, Conseillers en Économie Sociale et Familiale, Moniteurs Éducateurs, Aides Médico-Psychologiques

L’Espelido est un gros employeur de la ville de Nîmes… et il y a beaucoup d’induit : il faut meubler les appartements, maintenir l’équipement, la peinture, le matériel, tout est acheté sur Nîmes, les artisans sont locaux, électricien, plombier, assurances… les gens mangent, les enfants vont à l’école, toute une activité importante, réinvestie sur la ville de Nîmes.

Bien sûr, cela coûte, mais il faut savoir que c’est une des missions régaliennes de l’État. L’État est en effet garant de la solidarité nationale, il pilote et coordonne les politiques de lutte contre les grandes exclusions sociales et assure, à ce titre, la responsabilité première de la prise en charge des personnes sans abri. C’est donc l’État et lui seul qui finance les établissements gérés par l’Espelido pour que 24 heures sur 24 et 365 jours par an, veilleurs de nuit, éducateurs spécialisés, moniteurs éducateurs, maîtresses de maison et cuisinier remplissent leur mission d’hébergement et d’accompagnement des personnes en difficulté sociale.

« Les clochards célestes »© Eric Castanet

 

Philippe Ibars

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