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À la médiathèque Marc Bernard
Journaux du quartier, d'hier et d'aujourd'hui
Plan de Pissevin-Valdegour ©CGET
Au forum citoyen de Pissevin

Jean-Marie Marconot, un pèlerin à la ZUP

Jean-Marie Marconot est une mémoire, un chroniqueur et un commentateur de la vie des quartiers-ouest de Nîmes, aux de travers de nombreuses ouvrages ethno-sociologiques et du journal de quartier, La Lettre de Pissevin.

Sociolinguiste, chercheur au CNRS et auteur prolifique, né en 1938 dans un petit village du Territoire de Belfort, il arrive à Nîmes en 1969 fort de deux doctorats en linguistique, et une thèse sur « La question de la pauvreté dans la Bible des prédications et le Coran ».

Il aime tout autant Michel Colucci que le prêtre Joseph Wrezinsky, fondateur d’ATD Quart Monde. De ses années aux Universités de Lyon il a gardé cette fibre humaniste, ce goût des autres et cette indignation, chevillée au corps, face aux injustices sociales. Un personnage !

Genèse d’une publication de quartier

En 1964 commençait la construction de Pissevin. Super-Nîmes était déjà construit et a été rattaché fictivement à l’opération ZUP en 1968.

Dés 1961, « Le Journal des Hommes Libres », tenu par Pinneli et qui luttait contre l’érection de la ZUP racontait et dénonçait déjà ses opérations.

En 1977, Jean-Marie Marconot est à Nîmes quand il y eu cette fronde des habitants à Valdegour et Pissevin, contre la construction d’un ensemble de logements alors qu’il n’y avait toujours pas d’équipements.

À cette époque, avec son groupe du Riresc (Réseau inter-régional de recherches-actions économiques, sociales et culturelles), ils avaient établi, à la médiathèque Marc Bernard, des ateliers de recherche sur la culture berbère. La mairie désapprouva cette utilisation de l’espace municipal et leur en interdira l’entrée. Ils décideront alors de créer ce qui devait être La Lettre de Pissevin.

Petite histoire des médias de proximité de la ZUP

Le premier, fondé par Bernard Auzon-Capes, s’appelait L’Écho du Quartier, vers 1974. 1977 verra la création du Riresc (Réseau inter-régional de recherches-actions économiques, sociales et culturelles), qui reprendra le flambeau avec L’Écho de la Zup Nord. Il deviendra le journal de Valdegour, perçu comme un peu plus structuré, professionnel, militant mais lui aussi prudent à la critique. C’est en 2005, sous l’impulsion de Jean-Marie Marconot et son groupe de recherches que naîtra La Lettre de Pissevin.

Par ailleurs, un bimestriel, lié au développement social des quartiers Pissevin-Valdegour, émanation de la municipalité, Puzzle, verra le jour en 1990 sous la direction de Bernard Sestier, alors adjoint au maire, délégué aux affaires sociales. Malgré sa popularité, il ne tiendra que 3 ans avant de faire les frais de dissensions politiques entre l’adjoint et son maire Jean Bousquet.

Il y a eu en 2000 et pendant 2 ans, « Le Petit Journal de Nîmes-ouest », varié et culturel. À l’initiative de Jean-Pierre Cabot, adjoint au maire.

Il y eut le Souk Larba (le Souk)» en 2008 qui petit à petit s’est essoufflé et plus récemment Le Zup’plément », initié par l’association Paseo.


Pour une histoire des quartiers

« Ici les gens ont un intérêt commun qui est leurs luttes contre la pauvreté. Ils ont un front commun qui est misère et partage! »

« La vie du quartier n’est pas la même que la vie de la ville. Il y avait des ouvrages sur l’histoire de la ville de Nîmes, mais pas sur l’histoire des quartiers ».

Et pour écrire une histoire des quartiers, il faudrait d’abord commencer par faire des archives pour que celle-ci ne soit pas perdue ou mal interprétée. Il lui importera alors de la relater à travers de nombreux ouvrages, monographies et enquêtes ethnographiques.

« Par exemple, à Pissevin quand ils ont commencé la construction, les gens n’étaient pas heureux de voir ces nouvelles constructions qui permettraient à la ville de passer de 88000 à 120000 habitants. Ici, c’était une zone de masets, avec une petite vigne, un olivier qui permettait de faire de l’huile l’hiver, un terrain de pétanque. C’était un petit territoire où riches et pauvres venaient passer là un bon dimanche ensemble! ». Autant de choses qu’on peut oublier si on les exhument pas.

À l’époque où l’on venait pour racheter les terrains en vue de la construction « du monstre », un certain Philippe Lamour envoyait ses sbires pour expulser les gens. C’est alors qu’un notaire nîmois malicieux trouvera une parade pour freiner ces expulsions et la construction du programme, en conseillant à chaque propriétaire de subdiviser leur part se qui alourdirait par conséquent le nombre de procédures. « Voilà le genre d’information que l’on peut découvrir à travers les archives ». Donc le problème n’était pas que les gens ne voulaient pas de ces constructions, mais que ces constructions allaient les priver du petit maset et de leurs loisirs du dimanche! », conclura-t-il.

La linguistique dans les quartiers

Le sociolinguiste a travaillé sur les contributions linguistiques de la langue occitane au français et sa curiosité l’amènera à s’intéresser à d’autres langues interdites, comme l’arabe ou le graff en 1995.

« Ces sujets évoluent, le langage n’est pas figé, depuis plus de 80 ans, on est passé de l’argot, au verlan, y’a des emprunts aux langues maghrébines et africaines, qui viennent enrichir la langue…  si vous aimez le problème du dialecte et du patois, tout ce qui est des « langues interdites », ici à Pissevin-Valdegour c’est le paradis, car il y a beaucoup de langues qui sont interdites mais qui sont parlées! ».

Il y a évidemment une plus grande propension à entendre parler kabyle ou arabe, ici, qu’ailleurs en centre-ville, « ainsi qu’entendre parler un français ancien, comme le patois, c’est ici que l’on peut encore l’entendre. Le français protocolaire purge régulièrement, pour donner naissance à une langue nouvelle et stéréotypée, alors que l’ancien parlé garde la vieille trace de la langue ».

« C’est un fait, les communautés étrangères apportent un nouveau langage et des nouveaux mots à la langue française, mais aussi maintiennent la vieille langue.

C’est une richesse que de métisser le langage. Charles Nodier (1780-1844), académicien, poète, philologue et initiateur du mouvement romantique déclarait que pour savoir le français, il fallait savoir toutes les langues régionales. Les quartiers chics sont la mort de la langue !».

« Le graffe et le langage parlé, c’est un peu la même chose. Le graffe est comme une réponse à un illettrisme, une appropriation avec leurs propres codes d’un français protocolaire, ou d’un art graphique académique. Le dessin à précédé probablement l’écriture. À Pompeï, les fresques couvraient la ville et renseignaient, déjà, la vie quotidienne des citoyens et des évènements de la cité ».

Alors, la ZUP comme une nouvelle Tour de Babel ?

Les femmes dans les quartiers

Il y consacra un ouvrage en 2005. La situation ayant évolué, est ce que la montée de l’islamisme radical n’aurait pas freiné quelque peu leur émancipation ? Jean-Marie Marconot s’inscrit en faux face à cette vision. Pour lui, il y a une sorte de fabulation de la presse en général sur le phénomène de soumission de la femme maghrébine dans ces quartiers.

« S’il n’y avait pas toutes ces femmes pour diriger les associations dans les quartiers, il n’y aurait pas de vie associative. Les hommes leurs ont laissées le soin d’animer cette vie. Faire des réunions sociales le matin à 9h, ne permet pas toujours aux mères de familles qui s’occupent de leurs enfants d’être présentent et encore moins leurs maris salariés de se libérer.  Si on élargit la problématique, on constate qu’à l »échelle du pays, dans toutes les strates de la société, les prérogatives des hommes restent importantes.  Au CNRS, par exemple, il y a autant d’hommes que de femmes, mais au niveau des chargés de recherches, la représentation masculine est très forte. L’explication est que lorsqu’une femme a un enfant, elle a 2 ans en moins dans son parcours scientifique, etc. »

De la politique dans les quartiers Pissevin-Valdegour

Assurément, il en connait les rouages et les petites histoires et explique, comment Émile Jourdan à perdu les élections à 400 voix près, des voix qui provenaient des quartiers las des promesses non-tenues. Comment le mandat de Jean Bousquet lui aussi a fait les frais de sa politique de réaménagement du quartier Richelieu, après les inondations de 88. À l’époque le délégué à l’urbanisme qui n’était autre que Jean-Paul Fournier prévoyait un grand plan de restructuration du quartier et la destruction de 10% du bâti, au grand dam de ses habitants. Face à la pression populaire, le maire n’a eut d’autre solution que l’éviction de son adjoint, ce qui lui coutera sa réélection, en 89, au profit d’Alain Clary à la faveur d’alliances concubines. La petite histoire dans la grande.

Pour chacun de ces exemples, les voix des quartiers ont été prépondérantes et les candidats mesurent maintenant l’intérêt d’aller solliciter le vote de ces quartiers qui ne sont pas dupent des promesses de circonstances.

« Le langage est une activité qui se pratique à deux, or il y a des tas de personne qui parlent avec des gens qui ne parlent pas avec eux. La parole doit être une action collective ! »
Jean-Marie Marconot a la dent dure et vilipende ceux, acteurs socioculturels, « les zinzins » comme il les appelle, qui s’acoquineraient trop avec le pouvoirs locaux, bailleurs sociaux, mangeraient à leurs tables et dont la trop grande connivence affaiblirait, voir annihilerait leur sens critique. Lui attend avec force l’émergence de structures plus contestataires qui ne se suffiraient pas d’actions « occupationnelles ».

Il dénonce ces « associations ventouses » qui aspirent la majorité des subventions et crédits au détriment des plus petites, mais non moins utiles.

Les pouvoirs publics qui préfèrent des interlocuteurs de grandes tailles, plus facile à contrôler. « C’est une politique qui créée des «féodalités» et vise à une prise de contrôle des actions, des structures et des personnels de l’action sociale.»

Malgré un très fort ancrage sur le territoire de Pissevin et 66 numéros produits, il déplore un manque de soutien des pouvoirs publiques, à son journal au détriment d’autres plus récemment implantés.

Peut-être paye-t-il là le caractère contestataire parfois et sans concession de sa ligne éditoriale?

Dernier ouvrage paru en 2018 :  » La banlieue, les quartiers », aux éditions Lacour-RIRESC

Bibliographie :
http://data.bnf.fr/11914468/jean-marie_marconot/#rdt360-11914468
http://data.bnf.fr/documents-by-rdt/11914468/70/page1

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