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L'atelier à l'étage, baigné de lumière
Des œuvres, partout
Claude Viallat, dernière œuvre
Pochoirs de l'artiste
L'atelier de l'artiste
Décoration du Quick de Nîmes

Claude Viallat
supports, surfaces et profondeur

La rue Clérisseau, dans le quartier Gambetta, porte le nom d’un peintre (1721-1820) qui a beaucoup œuvré pour le renom de Nîmes. Elle abrite aujourd’hui l’atelier d’un grand peintre internationalement reconnu… et nîmois de surcroît.

Le Carré d’Art vient de consacrer au mouvement Support/Surfaces cher à Claude Viallat, puisque c’est de lui qu’il s’agit, une grande exposition rétrospective et l’Eko des Quartiers en a profité pour rendre visite à l’artiste, dans son atelier nîmois, et lui poser quelques questions sur son environnement quotidien, son art, ses projets.

Un peintre dans le coin…

Claude Viallat travaille dans un immense atelier constitué de deux plateaux baignés par la lumière naturelle qui traverse les vitres de ses grandes fenêtres et l’éclairage artificiel que diffusent les néons accrochés aux plafonds. L’espace est vaste, à la mesure des œuvres protéiformes qui tapissent les murs, le sol, ou qui s’entassent un peu partout, dans les coins et les recoins, pliées, déployées, empilées…

C’est ici que crée l’artiste, tous les jours. Tous les matins ou presque, le même rituel : le café, en bas, au coin de la rue, les discussions animées sur la tauromachie, et la rue traversée à nouveau, l’atelier, le travail. L’après-midi se déroule de la même manière, café, conversations, atelier, travail…

Mais si le mot « travail » revient fréquemment, c’est le mot « plaisir » qui est le plus souvent prononcé par le maître. Pourquoi travaille-t-il encore ? Le plaisir, oui, le plaisir, l’envie d’avancer, encore et toujours.

Et le quartier, qu’en pense-t-il ? C’est là qu’il travaille, oui, et cela l’occupe tellement, qu’à part les pauses café qu’il s’accorde, en bas, le temps lui manque pour se perdre dans les rues. Les graphs qui fleurissent un peu partout alentour, qu’en pense-t-il ? Petit sourire, petite moue dubitative… Il y en a d’intéressants, d’autres moins, mais il ne voudrait pas que cela ajoute au côté parfois misérabiliste de certains endroits car il y a des œuvres qui se dégradent trop vite, arrachées si elles sont en papier collé, taguées, etc.

Et puis c’est une histoire qui n’est pas la sienne. Les grapheurs répondent à une demande publique, lui l’a fait quelquefois, avec les vitraux de Église Notre-Dame-des-Sablons à Aigues-Mortes ou ceux de la cathédrale Saint-Cyr de Nevers, par exemple, ou le Quick de Nîmes, conçu par l’architecte Wilmotte, mais ça n’est pas ce qui définit le mieux son travail. Lui, ce qui l’anime, c’est la libre confrontation avec des supports bruts, non apprêtés, non tendus, qui ont déjà servi parfois, toiles de tentes, assemblages de tissus, parasols, bâches, lambrequins, toiles à matelas, toiles imprimées, voiles, draps, nappes, tapis fragments de vêtements, rideaux, canevas, etc., et qui vont réagir de manière imprévisible aux couleurs qu’il applique avec ses pochoirs qui jonchent les coins de son atelier.

Une grande page de l’Histoire de l’art

L’évocation du street art du quartier conduit naturellement l’artiste à parler de son art et il est temps de rappeler brièvement qui est Claude Viallat.

Claude Viallat est né à Nîmes en 1936, il a étudié à l’École des Beaux-Arts de Montpellier puis à l’École des Beaux-Arts de Paris. Son apprentissage était des plus classique, orienté d’abord vers le dessin. Les artistes qui l’ont le plus nourri au début étaient Picasso, Matisse et Auguste Chabaud, autre peintre né à Nîmes. Ils l’ont orienté vers la simplification des formes, des couleurs, des sujets. Il a ensuite enseigné dans diverses écoles d’art en France, à Nice, Limoges, Marseille, Paris et à Nîmes où il a dirigé l’École des Beaux-Arts.

Au milieu des années 60, Claude Viallat trouve ce qui va devenir son identifiant artistique : un procédé à bases d’empreintes, un pochoir qui va le rendre célèbre. Il va déconstruire le tableau de chevalet, s’affranchir du cadre, de l’histoire qu’il faut raconter, de l’artifice de la perspective, démythifier l’artiste. Un groupe de peintres, de plasticiens qui ont la même démarche radicale que lui — beaucoup viennent du Sud — va naître dans les années 70, Supports/Surfaces, en opposition au mouvement de l’abstraction lyrique de l’époque. Et voilà comment Viallat, chef de file de ce mouvement, a écrit une grande page de l’histoire de l’art.

Les pochoirs et les empègues…

Quand l’Eko des Quartiers lui demande s’il y a un lien entre son célèbre motif et les  empègues, ces dessins au pochoir autour des portes que les jeunes renouvellent lors des fêtes votives, dans les villages de la Vaunage, Claude Viallat sourit, il est aussi d’Aubais… puis il précise que son art puise dans les gestes simples des anciens. Dans le sud de la France, par exemple, les maçons tamponnaient des chiffons ou des éponges imbibés de couleurs sur les murs blanchis à la chaux des cuisines, une répétition approximative inspirée des papiers peints… mais bien plus économique !

C’est tout cela, l’art de Viallat, dont il parle de manière très pédagogique, avec des mots simples qui trahissent une très grande culture, beaucoup de profondeur, beaucoup de bienveillance, un grand respect pour les autres artistes. Il aime expliquer son approche artistique, insister : il improvise, ne réfléchit pas à ce qu’il va faire, après le café du matin ou de l’après-midi en bas, au coin de la rue, après les livres feuilletés avant de se mettre à l’ouvrage, parce qu’il a toujours envie de peindre, d’aller au-devant des pièges que lui proposent les supports qu’on lui donne, tissus, cordes tendues, ficelles, bois flottés, nœuds, couvercles de bidons, branches…

Non, il n’y a pas de routine, malgré le rituel, malgré les motifs inlassablement répétés, il y a tous les jours cette confrontation qui recommence : que va-t-il se passer aujourd’hui, là, à ses pieds ? car il peint debout ou accroupi sur les vastes toiles. Qu’est-ce qui va le pousser à revenir, encore et encore, à gravir les marches de l’atelier ? Parce qu’il faudra revenir, oui, tout est encore à découvrir.

Peintre et aficionado

Voilà, il est temps de laisser l’artiste à son travail… une dernière question sur les anciens du groupe Supports/Surfaces ? Aujourd’hui, chacun a tracé sa voie, mais il se rend compte, et cela le rassure sur la pertinence de son aventure artistique, qu’avec ceux avec qui il est resté proche, Patrick Saytour et Daniel Dezeuze par exemple, les voies restent parallèles, chacun de son côté mais tous travaillent dans la même direction !

Une question sur les expositions en cours ou à venir, sur des projets ?
Il y a eu une expo à Rio de Janeiro, très récemment, et une à Madrid.

Il y a aussi, et c’est très important pour l’artiste aficionado, cette illustration (44 dessins originaux) du célèbre poème de Federico García Lorca en hommage à son ami torero mort dans l’arène en 1934 : Llanto por Ignacio Sánchez Mejías (Chant funèbre). Le poème de Lorca a été traduit par Alain Montcouquiol, frère de Nimeño II et ami de Claude Viallat, écrivain au talent reconnu à qui l’on doit un magnifique livre-hommage au frère torero, mort lui aussi des suites de son combat perdu dans les arènes d’Arles : Recouvre-le de lumière.

En quittant l’artiste, en quittant l’atelier, l’idée surgit comme une évidence.
Claude Viallat est un peintre qui adore les taureaux-toros et l’univers de la corrida, et c’est peut-être une des clés pour comprendre son art qui en est une métaphore.

La confrontation imprévisible avec la matière, comme celle de l’homme et de l’animal, les gestes simples, épurés qu’il recherche, comme les passes du maestro, les couleurs qu’il applique à ses motifs immuables comme toutes les couleurs, habit de lumière, cape, muleta, banderilles qui entourent, enveloppent ou s’accrochent au toro lidié, toujours le même et jamais le même, et, le combat terminé, le retour dans l’arène-atelier pour tout recommencer, jusqu’à la fin…

Est-ce une bonne clé d’interprétation ?
Claude Viallat est certes un peintre mondialement connu… mais il est du « quartier », alors, on le lui demandera, autour d’un café, au coin de la rue !

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