Café des Familles à L’Entr’Aide Gardoise
26 octobre 2017
“Allo discri“, contre les discriminations
2 novembre 2017
Hugues Buiron
Installation au collège Romain Rolland
5 délégué(e)s du préfet : Sabine Pierredon / Bagnols - Pont st Esprit - Uzes (Actuellement en poste à Mayotte), Didier Jaffiol / Alès, Yasmine Fontaine / Vauvert - St Gilles, Hugues Buiron/Nîmes Est-Centre, Michèle Añel-Dios /Nîmes Ouest
Une visite au Spot avec Didier Lauga, préfet du Gard, Christophe Cavard,
Sur le ring, janvier 2015

Hugues Buiron, un délégué du préfet à cœur ouvert

Hugues Buiron, après avoir été près de deux ans délégué du préfet pour les quartiers Est et Centre de Nîmes, quittera ses fonctions à la fin décembre.
Il était donc encore temps de mieux connaître ce discret représentant de l’État, l’homme, son parcours, ses fonctions, le bilan de son action, ses réussites et regrets…

Hugues Buiron est natif picard, d’un petit village de 150 âmes à 25 km au sud d’Amiens.

« Même si je n’en avais la couleur, ni la religion », nous dit-il, il est lui-même issu de l’immigration par sa grand-mère venue de Pologne, vers 1920 à l’âge de 16 ans, il a vécu, dans un milieu « bien picard, du cru », et connu les mêmes difficultés que l’on peut rencontrer dans les quartiers, la différence, les brimades, l’exclusion… Une enfance heureuse, néanmoins, une jeunesse très sportive, où il puisera dans les valeurs du sport collectif beaucoup de force et caractère.

Paradoxe qu’il souligne comme un clin d’œil de la vie, il clôturera sa vie professionnelle dans les quartiers défavorisés, là où il aura passé son enfance.

Parcours express

Bac en poche, dans la foulée il passe un concours administratif de contrôleur-programmeur informatique pour la Direction générale des impôts à Paris. Il y restera une quinzaine d’années. Un concours cadre A à l’institut régional d’administration de Lille, plus tard il devient attaché de préfecture en 1987, pendant 3 ans au Ministère de l’Intérieur à Paris.

C’est en décembre 1990 qu’il arrive à la préfecture du Gard.

Il y exercera différentes fonctions au service informatique, à la gestion des finances, au service logistique…

En 2007, il prend la tête du service départementale de l’action sociale pour les agents du Ministère de l’Intérieur au sein du département, mais aussi de la police nationale, de la sécurité civile et du tribunal administratif… Une équipe de 2 assistantes sociales, 2 médecins de prévention et du personnel administratif pour s’occuper des questions de logements…

En 2009, est mis en place un dispositif de 4 délégués à la Politique de la Ville : 2 à Nîmes, 1 à Alès et 1 pour Vauvert/St Gilles, auquel il s’intéresse beaucoup.

En janvier 2015, il remplace Thierry Vergnet, délégué au préfet pour les

quartiers Est de Nîmes, parti à la retraite, et il hérite de Gambetta, Richelieu, Route d’Arles, Haute-Magaille, puis en 2016 du Centre-ville, à la faveur de la loi de février 2014 de programmation de la Politique de la Ville, qui proposait un redécoupage des territoires, sur des critères plus objectifs, créant ainsi de nouveaux quartiers Politique de la Ville.

S’il reconnaît avoir été moins présent sur le centre-ville, c’est qu’à l’époque de sa prise de poste, les attentats de radicalisés islamistes et des phénomènes plus discrets de départ au jihad, avaient captés toutes les attentions et orienté les actions vers des zones plus critiques.

Une présence non omniprésente

Il n’est pas dans les ors et les dorures. Il dispose juste d’un bureau au collège Romain Rolland, au Chemin bas d’Avignon, comme d’ailleurs ses 2 autres prédécesseurs, Thierry Vernet et Marc Sahut.

Pour être délégué du préfet, il ne faut pas nécessairement être issu du cadre national des préfectures, ou agent de l’État. Certains viennent de l’Agence régionale de la Santé, un autre de la Protection judiciaire de la jeunesse, ou de l’Éducation nationale.

Le délégué du préfet, comme il aime à le rappeler c’est, « quelqu’un qui n’a pas de pouvoir et qui n’a pas d’argent. Comme cela, on évite quelques sollicitations désagréables ! Et il faut être présent sans être omniprésent».

En revanche, c’est un facilitateur. Il facilite la liaison entre les populations, le monde associatif, les collectivités territoriales et ouvre des portes pour que le dialogue s’instaure !

Concrètement une journée du délégué, c’est beaucoup de rencontres, pas forcément dans les bureaux, mais surtout dans les quartiers, sur le terrain. « Comme vous pouvez le voir, je n’ai pas d’ordinateur de bureau, seulement un portable, que je promène dans tous les lieux de mon secteur et chez moi, car je travaille souvent très tôt le matin jusqu’à très tard le soir, ce qui me permet d’effectuer le travail administratif ».

Il travaille évidemment avec tous les élus qui œuvrent à la Politique de la Ville, députés, sénateurs, conseillers départementaux, communautaires et la mairie.

Les services administratifs de l’État portent un regard attentif sur la Politique de la Ville, à travers la Direction de la cohésion sociale, les services municipaux et départementaux attachés à la Politique de la Ville, ces «subventionnaires» qui reçoivent les demandes des associations.

« Mon rôle, à ce moment-là, est d’expliquer à ces intervenants, bien qu’ils aient des équipes, de leur faire connaître et comprendre le travail et les actions menées par ces associations.

Je reçois aussi la population, à titre individuel, qui me sollicite souvent pour du logement, du travail… ce qui m’oblige à me rapprocher des bailleurs sociaux, de Pôle emploi ou de la Mission locale d’insertion pour tenter de trouver des solutions ».

Pas de passe-droit si vous venez le voir pour une régularisation de papier de séjour. Il vous dira que c’est le ressort de la loi qu’il représente, mais pourra introduire une demande de naturalisation française auprès de la préfecture s’il le juge nécessaire ou les orienter vers d’autres structures d’accompagnement.

Cheval de bataille

De par sa fonction et à titre personnel, il est très impliqué dans la lutte contre la radicalisation, qui l’a saisi dès sa prise de fonction. En mars 2015, il rencontre Aline Gallice de l’association Carrefour Associatif du Mas de Mingue qui s’occupe de familles frappées par cette vague de départ en Syrie et Irak. « Ils étaient démunis et ne savaient pas comment procéder. Il faut dire qu’à l’époque, on ne savait pas faire. Je me suis retrouvé, pendant plus de 4 heures, avec 2 mères qui m’ont raconté, en boucle, leurs histoires ».

2 ans après, ces témoignages lui font toujours revivre des émotions poignantes !

« C’est grâce à ces femmes qu’au sein du département les choses ont avancées. À travers les commissions mis en place par la préfecture, l’implication de la Maison des Adolescents, des services de l’État (Éducation Nationale, Justice,…) ».

Pendant ces 3 années, plutôt que de lutter contre ces terroristes et ces jeunes radicalisés, il a préféré venir en aide, accompagner ceux qui en étaient victimes.

Dans cette même période il aura rencontré, par deux fois, Dounia Bouzar, la controversée anthropologue française, fondatrice de l’association le « Centre de prévention des dérives sectaires liées à l’Islam », dont l’approche de ces questionnements l’a convaincu.

Bilan et Constats

Si la situation et les problèmes dont il a hérité à son arrivée sont toujours aussi prégnants, malheureusement, nous dira-t-il, elle est, aujourd’hui, tout de même différente, grâce notamment aux plans ANRU.

« La rénovation urbaine dans les quartiers est un processus technique très long (Négociations, réunions, discussions…). Moi, à mon petit niveau, j’ai porté, avec d’autres, quelques dossiers comme celui de la construction d’une maison médicale au Chemin bas d’Avignon, qui devrait voir bientôt le jour.

Le quartier du Chemin bas d’Avignon est toujours un chantier, surtout au niveau de la jeunesse.

Mais l’image du quartier change grâce à l’Anru1 qui a permis de donner un nouveau visage au quartier surtout du côté du parvis Saint-Dominique.

Si l’architecture change qu’en est-il des mentalités et de la diversité ?

« Cela évolue dans le bon sens, notamment avec l’établissement des conseils citoyen mis en place, concrètement, depuis un an sur Nîmes. Les pouvoirs publics que sont la Ville à la base étaient frileuses quant à leur création. Il y en a 3 à Nîmes qui sont à des niveaux différents d’implantation. Les quartiers Ouest s’en sont bien emparés, celui du Centre-ville, plus ou moins, et dans les quartiers Est, ils sont embryonnaires ».

Au fil de ce qui était une discussion plus qu’une interview, nous avons abordé d’autres thèmes et questionnements, tout aussi librement et sincèrement.

S’agissant de l’éducation dans ces quartiers populaires qui ne bénéficient pas assez de toutes les procédures du Réseau d’Éducation Prioritaire Plus (REPP), il adresse un satisfecit au corps enseignant de ces quartiers Est, « un personnel qui n’est pas usé, fait un formidable travail et a gardé foi en ce qu’il fait ».

Mais ce n’est pas encore suffisant. Pour Hugues Buiron, il manque de figures positives, des « premiers de cordées » issus des quartiers, auxquels ces enfants pourraient s’identifier, qui viendraient transmettre leurs expériences.

Évoquant une délinquance, « qu’on ne peut nier et dont les premières victimes sont les résidents, les « braves gens » ». Prenant l’exemple du salon de thé au Mas de Mingue, situé près d’une crèche et de la poste, il dénonce les agissements de quelques dealers qui font peser, au quotidien, un climat d’insécurité auprès de riverains, intimidés, fatalistes qui ne portent pas plainte.

Il reconnaît, avec amertume, que face à ce genre de situation, les pouvoirs publics seront toujours démunis tant que les mentalités ne changeront pas, et que ne cessera pas ce réflexe communautaire qui appelle à « l’ omerta ».

La mixité dans les écoles reste à faire. On arrive à des taux vertigineux (autour de 95 %) d’élèves issus de l’immigration, ce qui est encore un facteur d’exclusion et de difficultés scolaires.

Sur la Politique de la Ville et ses États généraux

« La Politique de la Ville est issue des émeutes des banlieues de 2005. Aujourd’hui, les nouveaux dirigeants du pays doivent réfléchir à une nouvelle Politique de la Ville. La fin des contrats aidés va certainement impacter l’action des associations, quelles autres modalités sont à venir? Pour moi, et ce n’est que mon opinion, a-t-on encore le temps de la réflexion, n’est-il pas temps d’agir concrètement ? Quoiqu’on en dise, la rénovation urbaine a amélioré les conditions de vie dans les quartiers et une des clés de ces changements passera aussi par la participation les habitants aux grandes décisions concernant leur quartier, au travers des Conseils citoyen, par exemple. Quand cela sera effectif, on aura gagné ! »

De bons souvenirs

De ces années, il en gardera, le souvenir de rencontres touchantes et marquantes, avec de « bonnes gens », tant au niveau des associations que des personnes, la satisfaction d’avoir fait avancer quelques dossiers (la nouvelle maison médicale par exemple) et soutenu les associations qui vont être de plus en plus à la peine, avec la fin annoncée de certains « contrats aidés ». « De par mon poste, j’ai une connaissance plus sensible de l’action des associations que l’administration auprès de qui j’ai défendu des dossiers de subventions avec des arguments plus subjectifs, qui sont hors du cadre plus factuel et quantifiable d’un appel à projet ».

S’il avait un regret, c’est que mon poste existe encore et qu’ii n’a pas pu, suffisamment faire avancer les choses!

S’il avait un regret, ce serait que son poste existe encore et de n’avoir pas pu suffisamment faire avancer les choses!

J’ai rencontré un personnage, profondément humain, d’une grande honnêteté intellectuelle, à l’écoute et discret, doté d’un grand sens de l’État et d’une réelle empathie pour l’autre, éloigné des débats partisans.

Il nous quittera officiellement le 31 décembre et son remplaçant sera Yasmine Fontaine, délègue du Préfet pour Vauvert et Saint-Gilles.

43 ans de vie administrative aux services de L’État ne lui ont laissé que peu de place pour la famille et les loisirs. Abonné au Nîmes Olympique et adepte de la marche à pied, il va bientôt pouvoir désormais s’y consacrer pleinement… et à loisir.

Pierre Ndjami

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