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Dites-le avec des fleurs…

 

Depuis le boulevard Gambetta, autrefois appelé boulevard du Grand Cours, quelques rues qui lui sont perpendiculaires grimpent à l’assaut des garrigues ou de ce qu’il en reste, entre les collines de la Tour Magne et du Mont Duplan.

Certaines de ces rues ont été baptisées au début du 19e siècle du nom d’historiens et d’archéologues nîmois : Ménard, d’Albenas, Clérisseau, Gauthier, Robert, Guiran, Graverol, Vaissette…

Ces artères, parfois de simples ruelles sombres dont les noms n’évoquent plus rien aux nîmois d’aujourd’hui semblent quelque peu reléguées, désertées, peu accueillantes et délaissées par les passants qui leur préfèrent les boulevards plus animés et, de plus en plus, les grandes zones commerciales qui aimantent gogos, bagnoles et cartes bleues…

Le Spot, en partenariat avec le bailleur social Un toit pour tous est depuis quelques années à la manœuvre pour revivifier le coin, avec les graphs de l’Expo de ouf annuelle.

La percée Clérisseau est encore une arlésienne et les dealers ont encore pignon sur coin de rue au grand dam des habitants.

Mais du côté des rues Robert, Gautier, par exemple, la résistance s’est installée. Les riverains de cet espace prennent les choses en main pour ensemble s’inventer un mieux-vivre.

Charlotte, depuis le pas de sa porte, nous précise que les gens du quartier se réunissent assez souvent, de manière plus ou moins informelle, simplement dans la rue, parfois, et font le point, prennent des décisions collectives. Ce lien social invisible a une face bien réelle : les fleurs, les plantes prennent peu à peu possession de l’espace public. Des bignones grimpent le long des murs, des fougères s’épanouissent dans des bacs bricolés, du bois, de la brique, des pots de toute sorte. Ici la ville devient village et l’on respire mieux nous dit Charlotte.

Du vandalisme ? Non, quelques plantes disparaissent parfois, mais c’est parce qu’elles sont belles ! Rien n’est saccagé. Le message convivial est passé.

Au sol, de temps en temps, avec des lettres au pochoir : Stop aux crottes, ou Zone verte. On sent bien, ici, la volonté de lutter entre soi contre les incivilités qui ailleurs pourrissent la vie des gens qui ont trop délégué à l’institution le soin de prendre soin, justement, oubliant que le lien social et le civisme se coproduisent et ne se décrètent pas.

Alors, ces fleurs, ces plantes, cette vie qui s’affirme, à la marge, c’est la « Commune » de la rue Robert ?

Philippe Ibars

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