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Un escalier à Galilée, enfin!

Suite à la fermeture du porche de l’immeuble Pythagore, il y a plus de 10 ans, le passage souterrain qui permettait de traverser la rue Galilée et rejoindre l’esplanade Galilée de l’autre côté, avait, lui aussi, été condamné.

Les faits
Programmé dans le cadre de l’Anru I, il avait été acté la construction d’un ouvrage qui permettrait de relier, directement les logements de l’ensemble immobilier Galilée, situées sur l’esplanade, en contrebas, avec la rue du même nom et ses arrêts de bus. Une concertation avec les populations concernées avait alors été ouverte.

Plus de 10 ans après, 3 ans de mobilisations et de propositions, l’escalier qui permettrait aux habitants de l’ensemble immobilier Galilée, à Valdegour, de rejoindre la route et les arrêts de bus Avogadro, sans emprunter ce détour sous la passerelle, sinon d’escalader à leurs risques et périls le haut muret de 1,80m, qui les enclavaient, a enfin été installé dans la journée du 26 juin écoulé.

Mais, aujourd’hui, c’est d’une réalisation en acier galvanisé, à minima selon les habitants, à laquelle, il manque cette rampe d’accès pour les handicapés et mamans avec poussette, tant réclamée, qui leur a été livré.

Nous avons rencontré deux des acteurs de cette mobilisation et tenter de démêler le grand écheveau de la chaîne décisionnaire.
Qui, de la ville de Nîmes, le maître-d’oeuvre, du bailleur social Erelia, propriétaire des terrains et immeubles, avait fait le choix d’un simple escalier en galva, plutôt que d’une rampe, fruit d’une réflexion collective des principaux concernés?

Jean Claude Boussouf, architecte retraité, oeuvrera à matérialiser, avec les enfants, les habitants, les usagers de ce lieu de passage, les caractéristiques, les fonctions et les usages de ce qui serait idéalement souhaité.
« Avec le concours des enfants et la participation de leurs parents, j’avais proposé un projet et présenté une maquette qui répondait en tous point aux personnes handicapés, aux valides et aux mamans accompagnant leurs enfants souvent chargées de courses. Projet simple d’exécution et très fonctionnel.
Une partie de la place dans l’angle de la rampe d’accès restait un point fort de convivialité, avec un espace de repos autour d’une fontaine qui rafraîchirait l’environnement minéral autour. Dommage que les responsables ne se soient pas saisis de notre proposition.
Cet escalier ne correspond en rien à la demande des habitants. Pour moi, il a été construit en dépit du bon sens. Le fait qu’il soit métallique, rend son garde-corps, par forte chaleur, inutilisable, donc dangereux. Ajouter à ça des marches en tôle embouti qui seront, de toute évidence, dérapantes par temps de pluie et vous comprendrez que que ce qui a été adopté est une solution à minima. Je n’ose imaginer l’énergie dépensée pour une telle réalisation et son coût. »

Madani Marzuk président de la CNL30 (Confédération Nationale du Logement du Gard), venu constater de visu la réalisation, s’interroge sur la pertinence de l’ouvrage et constate qu’une fois encore les choses se sont faites sans la concertation des habitants.
« Bien-sûr cet escalier satisfait un certains nombre d’habitants qui ont escaladé pendant 10 ans, ce muret de près de 2 mètres.
Ce qui me chagrine dans cette histoire, c’est que l’on a travaillé avec les habitants comme il l’a été préconisé dans le cadre des différents Anru. Les enfants, les habitants et usagers de cet espace ont oeuvré, avec Jean-Claude Boussouf, à donner forme à cette construction et ont réalisé une maquette. C’était l’idée que les habitants s’approprient leur cadre de vie et puissent respecter l’émanation de leurs projections et souhaits. En résumé, tous les beaux principes de concertation fixé par la Rénovation urbaine, n’ont pas été respectés ! »
Autres conséquences de la fermeture de ce passage , un grand turnover des locataires qui ne restent pas plus de 2 ans compte-tenu de la situation. Les souterrains étant condamnés, les containers à poubelles sont installés sur l’esplanade près des bancs.
« C’est tout un tas de choses qui nuisent aux bien-être des locataires et au « vivre ensemble ». Il y a une grande tension dans ces immeubles et une ambiance délétère où les locataires se rejettent mutuellement la responsabilité de cette situation, plutôt que de se tourner vers les vrais responsables! »
Un motif de satisfaction, somme toute pour lui, celui de voir aboutir, même incomplètement, des revendications que les habitants ont portées et défendus par leurs mobilisations.

Nous rencontrions le représentant du bailleur social Erilia dans ses bureaux, aux R.D.C. de l’immeuble Pythagore.
« On a autorisé l’implantation de l’escalier sur le sol de notre terrasse. L’escalier a été réalisé et posé par les services municipaux. Nous avons eut accès à tout le dossier technique et vérifié sa conformité, avant de donner notre accord. L’escalier est ce qu’il est, il fallait sortir de là. Nous avions aussi demandé une amélioration de la pente au niveau du passage handicapé existant mais n’avons pas encore de retour de la Mairie. »

Il faut savoir aussi que des projets de démolition doivent être présenté ces temps-ci, à la Maison de Projets, nouvellement inaugurée à Pissevin.
Dans le cadre de l’Anru II, le quartier Pissevin est prioritaire et en fonction des financements restant, Valdegour pourra être intégré dans le programme.
« En ce qui concerne notre patrimoine, on nous a annoncé des démolitions, mais concrètement, rien n’est arrêté. »

Richard Tiberino, adjoint au maire délégué à la sécurité, président du conseil de quartier Nîmes ouest/ St Césaire, s’exprimera, par un courriel, sur le sujet.

 » Comme vous le savez la terrasse est la propriété d’Erilia et c’est donc ce bailleur social qui aurait dû s’occuper de cette affaire.
Toutefois , devant la dangerosité des habitants qui enjambaient le parapet, j’ai pu obtenir que la Ville prenne les choses en main.
Nous avons donc mandaté un cabinet d’études pour étudier la solidité de la dalle et fait fabriquer un escalier. Le tout pour un budget de 17000€ !!
Une convention a été signée avec le bailleur qui a désormais à sa charge la maintenance de cet ouvrage… »
Sur la distorsion entre les souhaits des principaux intéressés et l’ouvrage proposé, il s’explique.
« Tout simplement parce que notre projet était acté et budgeté depuis un bon moment lorsque M.Madani et l’architecte Boussouf nous ont présenté leur projet bien plus coûteux. Et je vous rappelle une nouvelle fois que ce n’était pas à la Ville de régler ce problème ni de le financer mais bel et bien à Erilia propriétaire de la terrasse !!!!!
La Ville aurait pu refuser de se substituer aux obligations de ce bailleur… »

Et les habitants, qu’est ce qu’ils en pensent?
Désabusés et fatalistes, ils doivent se satisfaire de cet état de fait. Un autre problème pointe déjà dans cet ensemble immobilier : la prolifération des cafards.
Dans ce jeu ping-pong, la balle est resté dans le filet et ne retombera certainement pas dans le camp des usagers.

Pierre Ndjami

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