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Nicolas Elhyani, la peinture à vif

Nicolas Elhyani, jusqu’au 28 mai, nous présente une rétrospective de 15 ans de son travail, en une trentaine de toiles grand-format, augmentées de nombreux dessins et sérigraphies.

Entre classicisme, illustration, graffiti et pop art, il s’agit de représentations, plutôt hautes en couleurs, qui figurent les grandes mythologies modernes, inspirées des grands thèmes d’une peinture classique qu’il s’évertue à démystifier, à tordre, sans sacrilèges.

Nicolas Elhyani commence à 14 ans par l’illustration et la bande dessinée. Joueur de batterie alors, la peinture va prendre une place de plus en plus importante. À 16 ans, il fréquente les ateliers d’arts plastiques de la Ville de Paris, puis les Beaux-Arts où il restera 5 ans. Dans ses premières années d’apprentissage, il est impressionné par la technique des grands maîtres comme Velasquez, Goya ou Rubens, qu’il s’applique à reproduire. Des sujets essentiellement religieux forcement, pour un travail scolastique qui mène à une maîtrise académique.

Mais de ces années, il en a gardé un sens de la remise en question permanente.

« Aux Beaux-Arts, tu as 3/4 années magnifiques et après viens la pression du diplôme et ses questionnements. Pourquoi être diplômé en peinture ? Pourquoi certains auraient raison plus que d’autres ? À la fin, c’est un verdict que tu reçois d’un jury. Ce côté aléatoire des jugements est pesant, en plus du fait que l’on doive justifier son travail, au-delà de cette simple notion de plaisir qui est le moteur de mon activité ».

L’idée du « beau » et du « bien fait »

Dans ces représentations, omniprésente, l’image iconique de la femme. Une femme, madone pieuse, ou amazone pin up, sensuelle, jamais érotisé, tout droit sorti des magazines Cinérevue des années 30. Une femme au regard mutilé. …
Une pin-up en lieu et place d’une Sainte-Verge, comme un jeu, qui questionne la notion d’un « beau », quasi sacralisé, qui académiquement « bien fait », serait donc inaltérable…
Son rapport au « beau » participe d’une volonté de remise en question des codes de cet académisme. Mais qu’est ce que le beau ?
« S’agit-il de ma vision du « beau » ou de celle du « regardeur » ? Est-ce à moi d’intellectualiser mon travail ou aux regardeurs d’avoir une autre lecture que la mienne ? Question en suspend. Est-ce que l’artiste est le mieux placé pour parler de son travail. Il est possible de parler de sa démarche, mais au-delà… ? C’est ce premier regard que j’essaye de biaiser en recouvrant ce « bien fait », en perçant, lacérant la toile. C’est ce qui m’amuse !… Le « regardeur se demandera pourquoi le peintre a dégradé son tableau, pourquoi il s’est attaqué à ce visage ? Il y a quelque chose de marquant et de violent dans cet acte ».

Petite leçon de peinture

« Mon travail commence par des fouilles assez laborieuses et est un mixte de techniques. Je suis un coloriste. Je vois en couleur et pour moi le volume ne peut être qu’en couleur.

Au début, je commençais à l’huile. Le problème qui se pose est le temps de séchage et donc de prise de décisions. Quand tu remets en question un fond, à l’huile tu ne peux pas passer du noir au blanc, du sombre au clair, en quelques couches. Petit à petit, j’ai utilisé l’acrylique pour faire monter la matière et ensuite revenir avec un recouvrement à l’huile qui pourra s’effacer plus aisément avec un chiffon et de l’essence. L’idée est d’avoir une construction que je peux remettre en question progressivement.

Ce processus est mis-en-oeuvre pour la recherche d’un équilibre qui se révèle et se précise petit à petit sur la toile. Je passe donc autant de temps à rayer un visage à la bombe qu’à bien peindre, car s’agissant de la bombe, c’est une décision irrévocable qu’il faut murement réfléchir ».

« À partir de quel moments je m’arrête ? C’est une aventure, une exploration à partir d’un canevas, d’une idée assez vague, qui au fur et à mesure des prises de décisions, amène à une composition équilibrée. »

Quel peintre pour quelle peinture 

Il y a quelques années, il quittait l’enseignement des arts plastiques dans la région parisienne. Pour échapper au carcan de l’Éducation Nationale, certainement aussi à une vie parisienne qui ne lui convenait plus, mais surtout pour réactiver la flamme artistique et ses envies, il s’installe à Nîmes.

Aujourd’hui, la question de continuer à peindre ne se pose pas. Il a toujours envie de surprendre, de remettre en question sa pratique, d’être décalé. Ça passera certainement par un retour au dessin et par le tatouage, une technique dont il s’est emparé, récemment.

Sur le caractère punk et de dandy de ses œuvres, il s’explique : « Je me suis posé la question du processus de création lié à la construction et cette destruction. La destruction, chez moi, est plutôt une remise en question pour une construction. Dans ce processus, je fais et défait à l’envie. C’est là peut-être mon côté punk. Il y a surtout une forme d’anarchie. Une anarchie très maitrisé. Ça a pu correspondre à un mode de vie qui se retraduisait dans ma peinture. Je peins comme je vis, dans le désordre ! ».

En attendant de voir se que produira sa nouvelle vie, vous pourrez le rencontrer à « L’Appart à Part », 53 bis rue Notre-Dame, à Nîmes, chaque week-end, de 14h à 18h, jusqu’au 28 mai.

Et sur rendez-vous : lespotlass@gmail.com ou 07 62 22 67 27

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Pierre Ndjami

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