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Entre deux tours, "Democratie Panninni"

Entre deux tours, Philippe Campana expose au Spot.
Dans l’obscurité de l’ancienne salle de concert du Spot, une dizaine de personnages regroupés sous les lumières, tous de polaire vert vêtus et jeans « chino » marron de travail vous accueillent, le regard fixement tourné vers le visiteur. Des personnages en contre plaqué de 5mm, découpés et peints, plus ou moins à l’échelle 1, figures du « Grand Capital », de la politique, parés des oripeaux de la précarité.

L’effet est saisissant!

Un premier groupe vous attend dans une salle de concert, sacs de ciments, panneaux et cônes de signalisation, rubans et gravats, disposés participent au réalisme de la scène. On est bien sur le lieu d’un chantier!

Il s’agit de Barnaud, Beygues, Louvergeon, Groshn, Mulliez, Begon, Bhuillard, Batoncourt, Balloné, Dissoult, Vils, Gettoz, Belkanyn, représentants la fine fleur des patrons du CAC 40, capitaines d’industrie, conseillers et politiques, font la queue pour intégrer un stage de ré-éducation populaire. « Cinq ans, un quinquennat, histoire de les ramener à notre réalité ». Sur la scène, un Ming, comme en retard, s’apprête à rejoindre le groupe, sac de sport en main, ou alors s’enfuit-il avec le magot.

À l’opposé, une autre scène. Gettoz, à la perforeuse, Vils au marteau-pilon, ont pour mission de refaire les revêtements des terrains de pétanque de la région.

À leurs pieds, sortant d’un égout, la tête du maire de Lavallois-le Pet. « Je n’ai rien trouvé de mieux qu’un égout où le placer! », nous expliquera Philippe Campana, auteur de cette installation hautement expressive et politique, présentée à la veille du premier tour des présidentielles et pour le temps des élections.

Le deuxième groupe, disséminé de l’entrée, à l’étage, constitué des Pacress, Morana, Bhl, Sackosy, Marechal, Jappé, est, lui, obligé, pour la même période de vivre dans la précarité, des minimaux sociaux. Sackozy, premier de cette série commencée il y’a un an, fait un mendiant plus vrai que nature, qui, tapi dans la pénombre de l’escalier, vous abuserait presque.

Ancien des Beaux-Arts, discret et iconoclaste, cet artiste « hors-sol et galeries », cultive une forme d’indépendance et se veut libre de toutes les contingences pécuniaires et matérialistes, sans doute son côté « anar ».

C’est l’interview du patron d’Auchan, Mulliez, à propos de sa résidence belge et de son évasion fiscale qu’il justifiait par l’emploi de 50000 personnes (qui eux contribuaient à l’impôt et le dispensait, donc, d’en payer en France), qui marquera le point de départ de ce travail « militant ». Révéler le visage de ces puissants exploiteurs qui dans l’ombre tirent les ficelles d’une politique asservissante pour les masses.

« Faire un tableau d’eux serait leur rendre un trop grand hommage ».

Il lui en a coûté de dessiner et peindre leurs visages (à l’huile quand même) et d’être confronté, quotidiennement, à leurs images, quand on sait l’aversion qu’il leur porte. Leur regard partout vous fixe, il vous interpelle et semble alors révéler leur part d’humanité. Mais ressaisissons nous, ceci n’est pas la réalité ni non plus un rêve, juste un message qui se confronte à nous-même et notre conscience.

Exposition « Democratie Panninni » de Philippe Campana
Jusqu’au 7 mai au Spot, 8 rue Enclos-Rey à Nîmes.

 

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Pierre Ndjami

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