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Les arbres des Jardins sont notre patrimoine

Que les Jardins de la Fontaine de Nîmes soient un des plus beaux joyaux de notre patrimoine, c’est évident, tellement évident !

Mais les arbres des Jardins ? Les arbres ?

Ils peuplent les Jardins, les arbres, du «  grand parterre » que les bassins et les canaux ceinturent jusqu’à la Tour qui domine la ville, en passant par les terrasses et les allées qui serpentent au flanc du Mont Cavalier, allée Montgolfier, allée des pins, allée des cyprès, clairière du grand cèdre, « Creux Coumert »…

Chênes, pins d’Alep, ifs, ormes, micocouliers, lauriers tins, arbres de Judée, tilleuls sibériens, cèdres du Liban, azéroliers, orangers des Osages, cyprès, arbousiers, oliviers, Ginkgo biloba, marronniers d’Inde, palmiers du Nil, platanes, sophoras, ils sont la vivante ambassade de l’universelle gent sylvestre.

Dans les Jardins de la Fontaine il y a la vie, comme dans tous les jardins publics qui sont des pays miniatures, des métaphores végétales, minérales, aquatiques, animales, il y a la vie et il y a la mort, la mort de ces grands arbres qu’on y a pourtant toujours vus, qui ont protégé les uns d’un soleil trop ardent, et de l’ardeur des autres ont été les repaires, les repères, parfois les marque-pages des amours passagères ou pérennes, les écorces tatouées peuvent en témoigner.

Plusieurs de ces grands arbres qui ont disparu étaient de grandes « figures », comme le plus que centenaire cèdre du Liban, blessé mort il y a sept ans sous le poids d’une neige de mars. Et ce grand pin penché tout près de la Tour Magne qui semblait lui aussi immortel ! Des générations d’enfants ont grimpé et glissé sur son tronc poli comme ces statues qu’on caresse souvent, des ribambelles de gosses qui ont ainsi testé leur courage et leur agilité, car il penchait suffisamment pour leur donner sans trop de risque — ou d’inquiétude à leurs parents— le goût de l’aventure.

Ce qui est triste, c’est que du jour au lendemain, à la sauvette, certains arbres qu’on a aimés disparaissent du paysage, comme ça, comme des bêtes anonymes dans un troupeau immense. La Camarde armée de sa tronçonneuse a certes ses raisons mais serait-ce trop demander qu’on rende à ces arbres mourants comme un ultime hommage ? On pourrait aussi, dans leur plein épanouissement, nommer les sujets les plus remarquables au lieu de leur attribuer un simple numéro, en faire des fiches, des photos, des vidéos, organiser des visites dont ils seraient les héros, créer des parrainages, imaginer une application grâce à laquelle les « sylvophiles » pourraient communiquer sur eux, donner de leurs nouvelles, donner l’alerte en cas de dégradation ou d’attaques pathogènes détectées.

Prendre soin, collectivement, se sentir concernés, impliqués par la vie des beaux arbres des Jardins de la Fontaine, et plus généralement de toute notre ville, c’est tout cela, cette démarche patrimoniale. Elle est à inventer.
De toute urgence semble-t-il.

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Philippe Ibars

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