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Tata Milouda, des rires et des larmes

La petite salle municipale de Pissevin, l’espace Vergnole, était pleine à craquer. Près de 200 personnes, jeunes adolescents, femmes, hommes et enfants étaient venus accueillir Tata Milouda, pour la 3ème fois en 3 ans, dans ces quartiers ouest de Nîmes.

On ne présente plus, cette femme qui depuis des années à fait de sa vie et de son émancipation, grâce à l’alphabétisation, un spectacle plein d’humours et de sensibilités (Lire http://www.ekodesquartiers.net/2016/03/11/tata-milouda-artiste-de-sa-vie/).

La mairie n’avait pas livré la petite scène prévue, c’est donc de plein pied que la dame se produira. L’occasion de rappeler que ce quartier, de plus de 13 000 âmes, manque cruellement de salle de spectacle digne de ce nom et d’un centre social, était trop belle pour ne pas l’évoquer.

Mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait le spectacle tant attendu. Tarik Chaouach, son musicien et Tata Milouda, nous proposeront un spectacle déjà rodé mais dont on ne se lasse pas et on ne manque pas de rire à ses anecdotes dont on connait pourtant la chute.

Des rires, des larmes, des espoirs

Elle fait son entrée par un « Bonjour les amis… Je vous aime tous! » et engage avec « Mon stylo, mon cahier », son sketch fétiche, parle de son amour de la danse refréné, de ses cheveux qu’elle n’a pu détacher en public, avant qu’elle ne se libère.

« 2 baguettes », évoque, toujours avec humour, la difficulté de la prononciation de la langue et de poursuivre sur un registre plus sensible, des violences, psychologiques et physiques, qu’elle a subies, enfants, par ses parents, puis de la part d’un mari, incarnation d’une société où la femme est mise sous tutelle.

Elle rend hommage aux centres sociaux et aux cours d’alphabétisation quand elle parle de son parcours d’apprentissage de la langue française, qui lui a ouvert des horizons insoupçonnable.

Tata Milouda était attendue par toutes ces femmes, qui s’amuse à toutes à toutes ses péripéties et anecdotes, auxquelles elles semblent s’identifier.

Elle slamera et chantera aussi, emportant avec « À toi ma liberté », toute l’adhésion d’un public chauffé à blanc.

 

La deuxième partie porte plus sur sa vie. Changement de costume, vêtu en habits traditionnels quand elle parle ses débuts difficile à Paris auprès e différents employeurs esclavagistes, son étonnement naïf face aux mœurs et curiosité de la société moderne et occidentale (les escalators, les gens qui ramassent les crottes de chien). Habillé en parisienne élégante (jupe, chapeau et sac à main), elle découvre la liberté d’être elle-même.

Ça rit et ça pleure donc. Son leitmotiv, stopper le cercle vicieux de la violence faite aux femmes et de leurs souffrances, « qui passe de la belle-mère, à elle, qui a tout fait pour qu’elle s’arrête à elle ». Elle lit, récite la lettre à son amie Fatima, morte sous les coups de son mari. Ça calme!

Celle qui « pendant des années et des années à chercher sa chance » finira par cette recommandation : « Jamais vous dire jamais et vaut mieux tard que jamais car on ne sait jamais! », fière de nous montrer son diplôme et sa médaille de Chevalier des Arts et Lettres. Tous ça méritait bien toutes ces roses distribuées au public.

Pierre Ndjami

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