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Brassens vit toujours, à Gambetta

Dans le quartier Gambetta on ne peut pas la manquer, la maison d’Alain Merle !

Des grapheurs de « l’Expo de Ouf » ont fait de ses murs un hommage coloré au grand Georges Brassens. Si l’on se demande pourquoi, il suffit de sonner à la porte et s’il est là, c’est avec plaisir qu’Alain Merle vous donnera la réponse. Elle est simple : la maison montre à l’extérieur tout ce qu’il y a à l’intérieur, l’intérieur de ses murs, bien sûr, mais aussi l’intérieur de sa tête. George Brassens habite ici, dans les murs, dans l’esprit d’Alain, dans le quartier Gambetta.

Alain est nîmois, il a été magasinier, a vendu des jouets, puis des disques, après la mort de Brassens. Son petit commerce n’a pas marché et c’est grâce aux expositions sur son idole qu’il organisait un peu partout, en France et à l’étranger et dont il assurait l’animation qu’il a pu obtenir un statut d’intermittent du spectacle pendant une quinzaine d’années, avant de prendre sa retraite.

Il faut dire qu’Alain Merle est un connaisseur incollable et intarissable de Georges Brassens, il peut en parler des heures durant et aborder tous les sujets le concernant, la musique, les textes, les idées, les amis, les amours, la santé, la famille, tout sur sa vie, quoi ! C’est une référence, Alain, bien souvent consulté, de toutes parts, pour ce savoir accumulé au fil du temps.

Voilà pour l’intérieur de sa tête…

Quant à sa maison, elle est à l’image de cette tête, entièrement tapissée et meublée de Georges Brassens. Du sol au plafond, tout est Brassens. Tout regorge de Georges, les tiroirs débordent, sur les meubles, le frigo, la cheminée, sur tout ce qui emplit l’espace, des brassées de Brassens… Alain le dit en plaisantant, mais sûr de lui : « Si quelqu’un a plus de choses que moi sur Brassens, je lui donne tout ce que j’ai ! » Car il en a, des trésors, des milliers d’objets de toutes sortes, des textes inédits, des livres rares, des affiches introuvables, des piles de journaux, de magazines, des disques, absolument tous les disques, des cassettes, des bandes magnétiques, des photos, des timbres, des pipes, des lithographies, un inventaire à la Prévert, Prévert, cet autre grand poète qui a dit de Brassens, à sa mort : « Il ne demandait rien à personne, tout le monde l’a écouté. Il avait quelque chose à dire, à rire, et même quelque fois à pleurer. La plupart lui en ont su gré »

Alain Merle a connu Brassens adolescent, fan de lui comme il aurait pu être fan de Claude François, de Johnny Halliday ou de tout autre « yé-yé » de l’époque. Non, lui, c’était Brassens, au point d’économiser pour aller le voir se produire au théâtre de Nîmes en 1961 à quinze ou seize ans et d’avoir assez de culot, après le spectacle, pour le rencontrer et lui serrer la main.

Cette audace sera déterminante : quelques mois plus tard, Alain s’est débrouillé pour aller voir Brassens à Paris. Dans le hall d’entrée de Bobino où il va acheter son billet, il le trouve par hasard, fumant la pipe, se reposant quelques heures avant le spectacle. Et c’est Brassens qui le reconnaît et qui lui lance « Salut Nîmes, comment tu vas ? ». Et Alain, aussi sec, lui répond « Et toi, Georges ? » Et ils sont allés boire un coup au bistrot du coin. Et c’est parti de là… jusqu’à la mort de Georges, le 22 octobre 1981, précise Alain, une semaine exactement après son soixantième anniversaire.

Aujourd’hui Alain n’a plus vraiment le goût de continuer ses expos sur Georges Brassens, le temps passe et le cercle des amis de l’artiste, de ses fans, de ses potes, se rétrécit. Les pages des partitions se tournent, la vie va. L’Espace Georges Brassens de Sète lorgne un peu du côté de ses archives, de ses objets rares, originaux, introuvables ; peut-être faudra-t-il, un jour, penser à transmettre une partie de ces trésors accumulés toute une vie durant.

Mais si Alain laisse dormir ses expos, ses yeux brillent dès qu’entre dans un coin de l’oreille le mot magique de « Brassens ». Alors cette mémoire vive du grand Georges s’ouvre comme un grand livre inépuisable, Alain est le super Google de Georges, le grand Wikipédia de Brassens, en chair, en os et en parole et il en rit de bon cœur : « un jour, Georges, qui m’appelait aussi ”le fada” car il savait que je gardais tout sur lui, m’a dit ”tu ne vas pas aller bien loin avec tout ça !” » Eh bien oui, Georges, il est allé loin, Alain, avec toi, il a fait de toute ta personne le marqueur de sa vie. Certains vouent un culte à Yahvé, à Allah ou à dieu sait qui ; Alain, lui, souffle et soufflera jusqu’à son dernier souffle sur ta flamme, pour que se perpétue ton souvenir.

Il est comme ça, Alain, humble gardien du temple, dans sa petite maison votive où il vit, avec sa chatte espiègle, avec son bazar ahurissant, avec le fantôme du grand Georges.

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