A trêve des confiseurs, paix des bus!
3 janvier 2017
20 janvier 2017 à 12H, Centre social Simone Veil
5 janvier 2017

Pour cette rencontre du 2 décembre avec la Coordination Citoyenne Nationale «Pas sans nous», qui devait durer 3 jours avec en point d’orgue leur assemblée générale et nationale le samedi, pendant l’autre évènement des Mille Couleurs, « Les Botegas Citoyennes » (voir http://www.ekodesquartiers.net/2016/12/06/les-botegas-citoyennes-a-pissevin/), il était prévu une rencontre-débat avec quelques élus invités, Françoise Dumas, Amal Couvreur, Christian Bastid et Michèlle Anel-Dios, représentante du préfet et l’assistance.
Objet de cette réunion : faire un point sur les conseils citoyens et les carences de la politique de la ville.

Dans la salle des membres de la Coordination Citoyenne venus des quatre coins de la France (Toulouse, Marseille, Joué-les-Tours, Amiens…) et quelques habitants et acteurs associatifs. On attendait la présence de Mohamed Mechmache, co-fondateur du mouvement « Assez le feu » et un des auteurs du rapport 2013 au ministre délégué à la Ville «Citoyenneté et pouvoir d’agir dans les quartiers populaires»*, qui retenu à Paris, finira par nous rejoindre en fin d’après-midi. Le travail de rédaction du rapport aura pris 6 mois et fait l’objet d’un tour de France à la rencontre de nombreux acteurs associatifs. Ce rapport remis aux parlementaires, à l’origine de l’institution des conseils citoyens, dénonce les dispositions de la politique de la Ville.
Trente propositions qui ont à voir avec « la démocratie citoyenne », dont peu ont été retenues. Les tables de quartiers, qu’ils préconisaient, ont été converties en conseil citoyen. Une instance qu’ils considèrent moins autonome car les initiatives émanent du bureau pour redescendre à la base, « Une énième chambre de décisions qui confisque la démocratie et la participation des citoyens… », selon Nikki.

Raouf Azzouz, directeur des Mille Couleurs, introduit le programme des prochains jours et donne la parole à Nikki et Fatima, deux des co-présidentes de la Coordination.
La position de Fatima vis à vis des conseils citoyens serait de mettre toutes les intelligences au bénéfice du bien commun. « Ce n’est ni la religion ou la couleur de la peau qui doivent empêcher les gens de travailler ensemble. ».

Et Nikki de reprendre, «  Quand on parle de co-formation, on parle des habitants, acteurs associatifs, élus et techniciens de la politique de la ville qui ensemble doivent déconstruire les codes dans lesquelles ont est enfermés depuis des décennies, pour essayer de construire une culture commune… Le but n’est pas de faire contre, mais de faire avec et pour! On veut instaurer du dialogue avec tous les acteurs de la politique de la ville, de tous bords et de tous poils! Notre mode de fonctionnement est ascendant, car l’on part des réalités locales que l’on fait remonter à nos instances nationales, pour ensuite présenter des propositions au niveau des ministères ».

Amal Couvreur, vice-présidente du département en charge de la politique de la ville et de la jeunesse, à la suite rappelle que le département, bien avant l’instauration de la loi de Cohésion Sociale, a toujours été partenaire de la politique de la ville., rajoutant que si à Nîmes, notamment, les conseils citoyens sont une coquille vide, il est par ailleurs des exemples où leurs mises en place a donné lieu à des initiatives très intéressantes.
Pour elle, « La politique de la ville vise simplement à l’amélioration du quotidien et tend, un peu, à rétablir une justice sociale. Pour ce faire, «  il faut cesser de se renvoyer la balle et qu’on la construise ensemble. Je veux que l’on fasse ensemble. Je veux ça pour nos enfants, parce que l’on a sacrifié une génération et je ne voudrai pas que l’on sacrifie la deuxième! ».

Le vif du sujet
Au 21 février 2014, une expérimentation sur 12 tables de quartiers avait été conduite, pour pouvoir travailler sur l’établissement des conseils citoyens. Sans attendre ses conclusions, le dernier contrat de ville a été signé, instaurant de fait ces conseils, laissant aux préfets et maires le soin de leurs donner un cadre réglementaire, «  ce qui a entrainé les effets pervers que l’on connait », selon Nikki. « On a fait un bilan public le 10 juin dernier sur la politique de la ville et il est catastrophique! Les conseils citoyens qui fonctionnement sont un épiphénomène. Les 3/4 dysfonctionnent. Elles génèrent des inégalités sociales et ne les réduits nullement ».
Sur la confusion entretenue par les pouvoirs publics sur la substance des conseils citoyens.
« Les conseils citoyens rien que par leur dénomination ont ajouté à la confusion. Il y a des villes, comme Narbonne qui l’ont inscrit officiellement en les rebaptisant commissions citoyennes. On est dans la caricature, et on assiste à un véritable « holdup » de la loi! On a tapé du poing pour qu’il y ait un décret d’application qui n’est toujours pas sorti. Aujourd’hui, le seul moyen qu’il nous reste est d’ester en justice, devant les tribunaux administratifs, contre ces communes qui sont hors la loi. Ça aura pour effet, sinon de créer le « buzz », en tous cas de démontrer qu’on n’est pas des citoyens à part, mais des citoyens à part entière! ».

Le ton monte et peut paraitre assez virulent à l’endroit des politiques quand Nikki dénonce la vacuité de l’engagement de politiques vis à vis des quartiers.
Françoise Dumas, députée, ancienne travailleuse sociale pendant 10 ans, élue à la région et députée, « de gauche », souligne t’elle, ne manquera alors pas de réagir. Tout en réaffirmant être d’accord avec ses analyses, elle déplore la « radicalité » des propos. Sur la politique de la ville qui a créer des situations discriminatoires vis à vis des quartiers, sur une politique publique qui doterait les populations en difficultés de moyens, tout en restant dans le droit commun… «  En 2012, on a eut la volonté de détricoter la Politique de la Ville, de la dé-legislaliser. J’ai fait parti de ceux qui ont travaillé avec François Lamy et je reste persuadé qu’on a essayé de rattraper les retards qui se sont accumulés. Il faut savoir, qu’il y’a un décalage de 10 à 15 ans entre les conclusions d’un rapport et les prises de décisions politiques!… ». Elle terminera sont intervention en assurant qu’elle allait porter au parlement, la nécessité d’un décret d’application de la loi réglementant uniformèment les Conseils citoyens.

D’autres débats aussi engagés et échanges avec l’auditoire, notamment, se poursuivront. Florent de Marseille dénoncera la politisation des conseils citoyens, un autre venu d’Amiens, amer et désabusé sur la capacité de la Politique de la Ville, de l’action des élus et des moyens mis en oeuvre impropre à un changement dans les quartiers.

Ces questions hautement sensibles, ces sentiments exacerbés et passionnés s’apaiseront autour d’un fraternel buffet républicain.

* »Citoyenneté et pouvoir d’agir dans les quartiers populaires », rapport au ministre délégué à la Ville-Juillet 2013. Marie-Hélène Bacqué et Mohamed Mechmache/Les Éditions du CGET.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *