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À l’initiative de l’Espace de Coopération Nîmes-Pissevin (ECNP), le Centre de Loisirs Jeunesse de la Police Nationale (CLJ), des Mille Couleurs, des acteurs associatifs des quartiers Nord, une mobilisation citoyenne et fraternelle, en solidarité aux victimes du terrorisme, était organisée sur la place Debussy à Pissevin, le vendredi 12 août.

 Une soixantaine de personnes, de tous âges, étaient réunies pour rendre hommage aux victimes du terrorisme et de la barbarie et affirmer leur appartenance à une seule et même communauté, celle de la France. Au cours de son discours, Soumia Hdoudou, présidente de l’ECNP, soulignera la présence des gens debout, « car la France, les citoyens doivent rester forts et debout face à ces attaques terroristes », avant de poursuivre plus loin par « Nous sommes tous acteurs du quartier et nous devons apporter notre pierre à l’édifice. Tous ensemble, nous réussirons à faire changer les choses, les faire évoluer », avant de conclure par un vibrant, « Vouloir, c’est pouvoir! ».
Quelques autres discours solennels plus tard, appelant à la cohésion sociale et aux valeurs républicaines, suivis de lectures de textes dénonçants ces crimes écrits par de jeunes filles et garçons, l’assemblée sera inviter à une minute d’applaudissements en mémoire des victimes, avant que quelques jeunes du CLJ, drapeau français en main, n’entonnent une «Marseillaise», repris en choeur et avec émotion par l’ensemble du public.

Raouf Azzouz, directeur des Mille Couleurs, clôturera le rassemblement, par l’annonce de d’autres rassemblements à venir, sur le terrain de la culture, de l’éducation, rappelant aussi qu’une des clefs de la lutte passera par la création d’emplois pour ces jeunes des quartiers.

Extraits d’entretiens et de paroles de quelques acteur(trice)s de la vie des quartiers.

Mohammed Jaffal, professeur de mathématique à la retraite et acteur de la vie associative du quartier IMG_0511_M.Jaffal_V.Gardeur BancelValdegour.
« Je suis ici pour apporter mon soutien à tous les amis, ici présents, pour dire non au terrorisme, pour dire non aux crimes commis contre notre humanité. Je suis un être humain tout simplement et que l’on puisse tuer des innocents au nom d’une religion que l’on est loin de cautionner me révolte ».

À travers ces attentats qui ont frappé la France, ne voyez-vous pas, une façon opportune pour certains de créer un clivage au sein des populations françaises?
– En trois mots, je crains le pire! On va commencer à tirer sur un basané, parce qu’il est basané et on ne fera pas de distinction entre un citoyen qui aime ce pays et un terroriste potentiel! Cela bénéficie à tous ceux qui n’aime pas l’autre dans sa diversité et sa différence, aux extrêmes politiques ou religieux.

Comment faire comprendre aux uns et aux autres que l’on est tous frères?
– C’est un travail qui doit être fait par l’ensemble de la communauté musulmane, et Dieu sait que je n’aime pas ce terme. C’est un travail qui doit être fait au sein des mosquées, dans la rue, dans les quartiers, avec des gens qui se donnent corps et âme pour ce pays, qui aiment ce pays. Et puis expliquer à ces jeunes qui sont tentés de rejoindre cette nébuleuse association criminelle qu’est Daesh que c’est notre pays, qu’on aime et que l’on doit protéger.

Peut on voir dans votre récente démission du conseil du lieu de prière « Majib El Fatah », situé à Valdegour un lien de cause à effet avec cette radicalisation qui gangrène le culte musulman?
– J’ai démissionné de la présidence de la mosquée « Majib El Fatah » car j’ai senti au sein de l’équipe que j’ai mis en place lors de notre dernière assemblée générale qu’il y avait un clivage, des désaccords d’une partie de la communauté musulmane envers une autre.
J’ai voulu élargir la représentativité du conseil d’administration pour réunir l’ensemble de la communauté musulmane dans sa diversité (ethnique : NDLR). J’ai senti auprès de chez certains, une forme d’animosité envers les comoriens, maoris et algériens. C’est malheureux et je ne pouvais donc pas cautionner ce climat délétère!

Cet hiver, je vous questionnais sur la nécessité qu’avait la communauté musulmane de prendre position et participer activement à la lutte contre les terroristes « religieux » (Lire http://www.ekodesquartiers.net/2016/01/05/entretien-avec-mohammed-jaffal/). Quelle est aujourd’hui votre position sur ce sujet?
– Quand je prends la parole, je la prends en tant que citoyen français de confession musulmane. Français d’abord, de confession musulmane ensuite. Je constate aussi qu’au sein d’une majorité de mosquées et notamment à Nîmes, il y a des « gueguerres» de pouvoirs au sein des structures et entre les différentes personnes en charge de ces structures cultuelles. Pourquoi? Je me pose la question.

Véronique Gardeur-Bancel, adjointe au maire, délégué à la petite enfance, conseillère départementale du IMG_0512_V.Gardeur Bancel4ème canton.
« La ville de Nîmes à travers moi, soutient ce rassemblement. Nous sommes tous animés par la même chose : dire que nous ne voulons plus voir nos enfants se faire tuer dans des attentats terroristes, affreux, inhumains. Il s’agit de monstruosités et nous sommes tous main dans la main pour le clamer haut et fort! ».

Au delà des discours entendus, convenus ou attendus, que peut-on faire pour éviter ces clivages que l’on sent naître ici et là et les tentatives d’appropriations politiques de ces évènements?
–  La France est le pays des Droits de l’Homme et du Citoyen, c’est inscrit dans notre ADN. Nous avons combattu et fait la révolution pour ça. C’est en discutant ensemble et en remettant la citoyenneté au centre des débats que nous sortirons de cette crise de société. On a peur de ce que l’on ne connait pas. Apprendre et éduquer dès la petite enfance est une des clefs. Je suis en charge des crèches et je suis très fière et attentive à ce que l’on y retrouve cette mixité, car c’est là qu’on y apprend à vivre ensemble.

Jean-Claude Boussouf est architecte à la retraite et à travaillé sur le quartier de Pissevin. Aujourd’hui IMG_0510_J.C. Boussousencore, il s’intéresse à la manière dont le bâti est entretenu dans ces quartiers.
« J’ai lu dans la presse qu’il fallait venir défendre les valeurs de la République. Je reste interrogatif parce que pour défendre ces valeurs, il faut d’abord que la communauté maghrébine défende ses propres valeurs. Hors ces valeurs tendent à disparaître. Avant, on était débout, aujourd’hui on est courbé, certains sont à plat ventre, d’autres, dans pas longtemps, feront les vers de terre! Les jeunes disent manquer de travail? Mais du travail, il en a toujours manqué. Moi quand je suis arrivé d’Algérie en 1966, j’ai retroussé les manches!… ».

Edmond Coute, fonctionnaire de police à la retraite, a travaillé plus de 22 ans au CLJPN à Valdegour.
L’encadrement du CLJ est constitué de policiers municipaux et nationaux qui travaillent sur la prévention dans les quartiers-ouestIMG_0526_Edmond Coute et au Mas de Mingue en axant aussi leurs actions autour de la citoyenneté et les valeurs de la République. Outre les activités de loisirs, les jeunes ont aussi une participation active dans les quartiers. Ils ont créé une Brigade Anti-Tag (BAT) qui s’applique à repeindre, sans relâche, les vilains tags et graffitis qui polluent certaines façades d’immeubles.

 Craigniez-vous que ces attentats, qui participent à une montée insidieuse et croissante du sentiment islamophobe, servent de prétexte à une frange de la population française pour, eux aussi, se radicaliser encore plus?
– On ne peut pas ne pas y penser. On sait qu’il existe des extrêmes en France et qu’il y a des mouvements, plus ou moins discrets, qui face à ces phénomènes-là sont près à faire n’importe quoi! Donc, il faut être vigilant à tous les niveaux et sur le terrain être présent. Il faut aussi que chacun y mette du sien, s’investisse dans cette société et donne de sa personne. Le travail sera long, difficile et la partie n’est pas gagnée d’avance!

Kheira, coordinatrice à l’association Agir ensemble.

Peut-on comprendre la radicalisation de certains jeunes comme un compte à régler avec le passé colonialiste de la France?
– Non, non, non, cela n’a rien à voir! S’ils sont révoltés, c’est qu’on a fait des quartiers des ghettos et qu’ils s’y sentent délaissés. Ils ont besoin d’être encadrés, écoutés et entendus. Il faut arriver à un apaisement et à un véritable dialogue, plutôt que de provoquer et les stigmatiser!

Michel Perfettini, géographe, ancien vice-président du conseil général et responsable du parti communiste section Nîmes.

Quel est votre sentiment sur ce type de rassemblement et leur efficience ?
« Les gens des quartiers sont en butte aux risques d’amalgames. Ils ont une double crainte : celle du terrorisme et celle d’être assimilés à des terroristes. Cette double peur fait qu’ils ont du mal à s’exprimer. Donc ce rassemblement, même d’une soixantaine de personnes est très important pour libérer la parole.

Ce que je crains aussi, c’est l’amalgame et l’étiquetage de ces populations et ce n’est pas en s’attaquant au droit du sol que l’on va régler les choses. Ces jeunes qui se radicalisent sont des enfants de la République, perdus certes, mais de la République! Il faut s’attaquer aux discriminations, à l’oppression de l’emploi, à la question des revenus ».

Galerie d’images : ici

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