LES QUARTIERS-EST S’EXPOSENT À CARRÉ D’ART
13 mai 2016
31 mai 2016 – Journal intime du CBA
20 mai 2016

Dans le cadre du Mois de l’architecture organisé par la DRAC LRMP
NegPos vous invite
A Nîmes du 3 mai au 31 juillet 2016
Université – Site Vauban, Médiathèque Carré d’Art, Fotoloft NegPos, Fab Lab NegPos, Maison des adolescents.

« Nous n’habitons pas parce que nous avons « bâti », mais avons bâti pour autant que nous habitons, c’est-à-dire que nous sommes les habitants et sommes comme tels »,
Martin Heidegger, Bâtir, habiter, penser, dans Essais et conférences II, Gallimard, 1958.

Depuis son origine, à partir d’une description perpétuelle de la ville et dans une tentative infinie d’épuisement du contexte, la photographie a toujours rendu compte avec la même constance des conditions de vie des habitants et de leur manière d’occuper l’espace public. Comme si l’un n’allait pas sans l’autre. Si l’on en revient pourtant au Paris décrit par Eugène Atget, il est quasiment vide de nos présences. Une volonté de l’auteur qui privilégie le bâti à des fins documentaires souhaitant retirer des vues qu’il saisit, toute nuance anecdotique. Les personnes apparaissent toutefois au sein de séries de portraits posés : les petits métiers de la rue, les relégués de la Zone, … Ces portraits à la forme souvent hiératique, dénotent les activités professionnelles ou les habitus liés à la classe sociale. Ils épinglent de fait certains signes patents de l’ordre et de la hiérarchie en place.
De la même façon, le travail d’Edith Roux puise dans cette forme, nous renvoyant à la figure de la statuaire. Les Ouighours,Copyright Edith Roux Courtesy Galerie NegPos_Light petit peuple du grand empire du milieu, posent dans les ruines de leur demeure, dépossédés. Dans cette affirmation solennelle de la présence, il y a ainsi la revendication de leur appartenance à ce sol et du combat qui reste à mener, à présent essentiel, pour la survie de leur peuple. « Nous sommes là et nous ne bougerons pas » semblent nous dire ces personnes.

De toute autre manière, la série Lockichokio Eldorado humanitaire
Kenya, Lokichokio, June 2005 Pool game at Pool Palace. Kenya, Lokichokio, juin 2005 Partie de Billard au Pool Palace. Michael Zumstein / Agence VUde Michael Zumstein aborde l’exil forcé et les réponses que l’humanitaire lui apporte, sujet brulant d’actualité s’il en est. A travers l’aménagement et la pérennisation d’un camp de réfugiés, des personnes vivent sans aucune liaison historique à cette terre qu’ils occupent casuellement, les réfugiés de Lockichokio, peuple déraciné, créent au fil du temps, l’espace qu’ils habitent. Avec « This house is not for sale », dans la ville de Lagos, le même Zumstein évoque une problématique particulièrement épineuse qui renvoie dos à dos locataire et propriétaire dans un affrontement ubuesque. Ainsi les locataires n’hésitent pas à vendre le bien où ils vivent sans en référer au propriétaire, appliquant ainsi à la lettre le principe anarchiste : la propriété c’est le vol. Les propriétaires tentent à leur tour désespérément d’enrailler ce phénomène en affichant sur des petites pancartes : « cette maison n’est pas à vendre ».

Du fin fond des bois nous parvient l’écho libérateur d’une jeunesse européenne qui n’a plus rien à faire des modes de vie urbains qu’on lui propose. Hors des normes C.E., chez CopeauXcabana, Les Cabanes, Dordogne, mars 2014Myrtille Visscher présente avec « Légers sur la Terre » un sujet rafraichissant en ces temps crépusculaires. Cabanes, yourtes, roulottes… tout est bon pour ne plus concevoir sa vie dans un espace citadin contraignant. En France si Loppsi 2 (voir note en fin d’article) a bien voulu en finir avec ce type d’expériences, il semblerait pourtant que rien n’y fait et que la détermination d’une nouvelle génération soit entière et inexpugnable.

Copyright_Alexis-Diaz_Courtesy-Galerie-NegPos_LightFlâneur invétéré, Alexis Diaz, nous convie à une déambulation poétique dans les rues de  Santiago du Chili. La ville est ainsi, qui inspire au photographe une lecture visuelle et auditive au rythme du pas. Sensible et méthodique, l’œuvre entrecroise brutes réalités contemporaines et métaphores poétiques.

HA Cha Youn, artiste coréenne qui travaille depuis longtemps sur la question de la précarité et du déracinement nous présente un film documentaire d’artiste, « Journal d’un campement » qui rappelle l’épisode intense qui a opposé l’association « les enfants de Don Quichotte » aux institutions en charge du logement social. Cru et sans morale, le document montre de l’intérieur la vie quotidienne du campement, il offre, chose rare, la parole à ceux qui ne l’ont pas.

Les huit photographes de la mission Regards sur la ville, fil rouge de notre relation à l’urbain depuis 1997, nous conduisent à voir les facettes visibles de l’habiter nîmois. Déclinable à l’infini, le positionnement urbain de nos concitoyens est aussi divers que les communautés qui peuplent la ville. Comme dans le dernier et excellent film de Raymond Depardon, Les habitants, il est impossible de dénicher le notable,  enfermé derrière ses murs bien protégés, la rue est le dernier espace qui le retienne. Rendez vous donc avec le commun de mortels et ses empreintes…

Copyright_Marcelle-Boyer_Courtesy-Galerie-NegPos_Light Copyright_Magali-Fabre_Courtesy-Galerie-NegPos_Light Copyright_Laurence-Coussirat_Courtesy-Galerie-NegPos_Light
Copyright_Hervé-Bussy_Courtesy-Galerie-NegPos_Light Copyright_Gérard-Jeanjean_Courtesy-Galerie-NegPos_Light Manequin- Nîmes
Copyright_Erick-Soyer_Courtesy-Galerie-NegPos_Light  Habiter Nîmes. Copyright_Marie-France-Bussy_Courtesy-Galerie-NegPos_Light
Lorsque l’on songe que la population de la ville de Nîmes a depuis le milieu des années 70 à peine grossie de quelques milliers d’âmes… on peut éventuellement se demander pourquoi ? L’une des réponses possibles se trouve à l’extérieur de l’ancienne Urba gallo-maure-romaine. Si l’on se projette à l’extérieur de ce que l’on appelle la ville, c’est cette fois-ci l’agglomération de l’antique cité et sa corolle de villages, qui a pris son ampleur et qui s’est fortement peuplée. Ces deux événements sont assez antagoniques pour être soulignés. La ville ne grandit désormais plus en son sein mais sur ces limites.

Habiter n’est cependant pas l’unique fait de demeurer quelque part, notion qui renvoie à un état sépultural de l’être. Habiter c’est vivre. Et le terme vivre engage d’autres principes que le seul ancrage géographique. Habiter c’est produire une action sur son contexte, c’est s’impliquer dans la vie qui nous entoure.

Alors que la tendance du moment voudrait nous faire nous replier sur nous mêmes, nous contraindre à vivre enfermés dans des « communautés fermés » et que certains allant encore plus loin, n’hésitent pas à travers des slogans nocifs à nous prévenir du danger d’être en ville, comme c’est le cas de celui de la société « les Villégiales » qui affiche en grand en entrée de ville sur l’avenue du Général Leclerc en direction de la route d’Arles : « Vivre en ville à l’abri de la ville ». Comme si la ville nous menaçait, comme si elle était notre ennemie !  Alors que c’est nous qui la faisons, pas à pas, jour après jour.

Heureusement que l’on ne s’y trompe pas, une grande part de l’humanité urbaine est loin de se plier à ces mots d’ordre. Partout dans la ville et dans l’agglo, les nîmois occupent l’espace public, au grand jour ou clandestinement… Partout des actions citoyennes ou pas, font de notre ville cet espace mouvant et en construction. Contre les promoteurs du « lisse », ceux qui veulent transformer la ville en centre commercial sous haute surveillance, la privatiser, une population veille à ce que des « possibles » soient encore au menu de demain.

D’une certaine manière, c’est ce que font ces huit photographes, hommes et femmes fiers de vous proposer leurs regards, de vous montrer que si notre ville est par de nombreux aspects bien vivante, elle est aussi menacée. Pas par ce que l’on veut nous faire croire… mais bien par l’immobilier commercial acoquiné au politique.

Et ça dans le sud de la France on connaît bien !

Le CAUE du Gard dont la mission est de produire du conseil en architecture et de la pédagogie quant à l’aménagement territorial nous propose un bouquet de productions tout aussi riches et qualitatives que diverses, de jeux qui engagent le regard à une conférence et un livre sur les nouveaux dispositifs de vie du 3è et 4è âge, en passant par une exposition anthropo-sociologique didactique où vous pourrez découvrir la façon dont les adolescents vivent l’espace public et l’occupent à leur façon. Au long de ces 12è Rencontres Images et Ville, les mille manières d’habiter le monde se déploient pour illustrer ce qu’est vivre quelque part en ce début de XXIè siècle.

Patrice Loubon

* L’article 90, introduit par un amendement du gouvernement adopté par la commission des lois du Sénat, puis voté par le Sénat le 10 septembre 2010, créait une procédure d’exception, à l’initiative du Préfet et en l’absence du juge pour expulser les habitants installés de manière « illicite ». Si la procédure contradictoire était prévue dans les textes, elle était néanmoins compromise, et le texte voté par le Parlement prévoyait également la destruction des biens, ainsi qu’une amende de 3 750 euros pour le propriétaire du terrain, public ou privé, qui s’opposerait à ces procédures. Ces dispositions ont été invalidées par le Conseil constitutionnel, car ne respectant pas les équilibres nécessaires entre deux principes constitutionnels, celui de la nécessité de sauvegarder l’ordre public et les autres droits et libertés, notamment des personnes défavorisées et ne disposant pas d’un logement décent.

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