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Galerie Tata Milouda
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Le 4 mars, Tata Milouda, accompagnée par Tarik Chaouach au gumbri et diverses flûtes venait chanter, slamer et danser sa vie, avec humour, beaucoup de sensibilité, d’émotions, au CSCS Valdegour dans le cadre de la journée initiée par le Réseau ARC, sur le thème “La maîtrise de la langue favorise-t-elle l’apprentissage de la citoyenneté ?”

Tata Milouda #002À 17h,Tata Milouda faisait son entrée, dans une ample et légère djellaba blanche, imprimée de grandes fleurs émeraudes. En fait, elle se changera trois fois, pour figurer les différentes étapes de sa vie.
Avec son accent casablancais, elle se raconte, avec drôlerie et émotion, son amour de la danse, de l’art et surtout son apprentissage de l’écriture, de la langue française, à l’âge de 50 ans, qui l’a ouverte à la vie.
Du réel au rêve
Milouda Chaqiq quitte le Maroc, laisse ses six enfants pour fuir un mari violent, débarque en 1989 à Paris avec un visa touristique, 100 F en poche et trois mots de vocabulaire, « bonjour, merci, au revoir ».Tata Milouda #005
Elle décide de rester en France, divorce en 1993, et avec courage et ténacité reprend son destin en main. Avec « son stylo, son cahier », elle veut gagner sa liberté et de cours d’alphabétisation, en rencontres artistiques et fréquentation de lieux culturels, elle apprend d’abord le français, puis chemine vers un autre de ses rêves de jeunesse : devenir artiste.
Attisée par une forte curiosité, elle découvre le slam et très vite s’en empare pour en faire son moyen d’expression. De 2008 à 2010, elle joue dans des petites salles à Paris et sa région. Elle reçoit le soutien de Grand Corps Malade, qui l’appelle avec respect « Tata ».

C’est en 2010 qu’elle fait la rencontre du musicien Tarik Chaouach, qui l’accompagne désormais en duo. Son rêve se dessine alors de plus en plus sûrement. Elle se produit dans les salles parisiennes, au Jamel Comedy Club, au Cabaret Sauvage, au Theranga, etc. et tourne en province (passage à Nîmes en 2011 et 2012), en Belgique et au Maroc.

Défendant la cause des femmes, l’alphabétisation, les libertés, l’amour, la paix avec un optimisme à toute épreuve, celle qui se définit « artiste de la vie », la slameuse d’Épinay-sur-Seine, sera décorée, en juillet 2012, Chevalier des Arts et Lettres, par Grand Corps Malade, son ami. Le rêve devient réalité !

Le spectacle de sa vie

Tata Milouda #011Ce spectacle où Tata Milouda « chante, danse et slame sa vie » témoigne, avec pudeur mais sans complexes, avec vérité, autodérision et force humour, des souffrances de son enfance, de celles de sa condition de femme mariée à 14 ans au Maroc, de sa délivrance, le tout ponctué de quelques anecdotes et considérations malicieuses sur le mariage, les sites de rencontres, le sexe même…
À certaines évocations, émotion et empathie nous saisissent et l’on ressent alors, avec elle, les souffrances et frustrations qu’elle a pu vivre et dû taire. Elle n’avait pas le choix, alors.
Son récit nous interpelle, nous questionne, sur le poids des traditions et des coutumes qui, souvent, sont un frein à l’émancipation de la femme au Maroc ou ailleurs.
À la fois musical et théâtral, ce spectacle protéiforme utilise le « stand up » pour le récit humoristique, le slam comme figure narrative, le chant pour transmettre amour de la vie et hommage à ses « camarades d’alphabétisation ». La danse et la musique venant ponctuer ou habiller l’ensemble.

Ce spectacle, c’est sa vie et sa vie est dans ce spectacle. Pour elle qui a vécu tant d’oppressions et a su s’en libérée, son parcours est un exemple pour toutes les générations de femmes et d’hommes, un message d’espoir et d’humour. Le public, pas assez nombreux pour un tel évènement, entrainé dans une ronde communiera avec l’artiste.

Et ça fait du bien !Tata Milouda #009

Aujourd’hui, une autre actualité l’occupe : suite à sa participation au film de la réalisatrice Hadja Lahbib, « Patience, patience, t’iras au paradis ! », sur le parcours de six femmes maghrébines immigrées de la première génération, la promotion de ce documentaire l’a conduite vers d’autres voyages et horizons.
Elle aura bien trouvé sa liberté et gagné un « chouia » de paradis dans la vie, aujourd’hui »!

 

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